Tout ce qui, dans la vie intérieure de l’égo lui apparaît comme indicible demeure en lui indéfini. Ce mystère que l’ego peut entretenir dans un possible rapport d’attachement, de romantisme ou encore de fascination le plonge dans l’obscurité de lui-même et le maintient dans la cage dorée et douceâtre des lois d’impressions qui s’exercent sur lui pour lui imposer la palette d’émotivité à laquelle il se raccroche pour se donner le sentiment d’exister. Cette couche d’émotivité qui enveloppe la globalité de son corps de désirs devient le prisme par lequel il comprend la vie et se comprend lui-même. Il est ainsi immobilisé dans l’illusion de lui-même à laquelle il donne une valeur sensible et identitaire. Plus l’ego se complet dans le caractère indéfini de ce qu’il vit, plus il se laisse dominer par la douceur d’une énergie Yin qui ne parvient pas à faire l’expérience d’elle-même dans la matière. Sans la propulsion d’une poussée Yang, c’est-à-dire d’une énergie de définition identitaire, la vastitude intérieure de l’ego devient son propre labyrinthe dans lequel il se perd et tourne en rond. L’ego est amené à s’arracher à sa prison émotive pour toucher au réel de ce qui vibre en lui et apparaître au monde dans la clarté de sa vibration. Pour cela, l’ego peut utiliser sa parole comme un tison incandescent capable de faire émerger des formes de lui-même qui soient le reflet de qui il est réellement. Ce mouvement lui demande de s’arracher à ses illusions et de s’aventurer dans une expression de lui-même qui constitue la voie par laquelle il investit son incarnation. Un corps sensible sans définition identitaire demeure un corps potentiellement manipulé par les lois d’impressions. Un ego capable de déconstruire par le verbe ces lois d’impressions devient en mesure de qualifier sa sensibilité et de remonter à la compréhension de sa nature réelle qui est une nature universelle. Le corps devient pour lui un terrain d’exploration sensible dont les tonalités perceptibles deviennent la gamme à partir de laquelle il peut définir son rapport à lui-même, son rapport au monde et son rapport à autrui. La parole ne s’oppose plus à l’expérience du corps car elle devient, comme le corps, le support vibratoire de l’ego dans son incarnation. À ce stade, la parole fonctionne comme la manifestation tangible de l’ego parce qu’elle est devenue complètement vibratoire. Capable de faire vibrer le réel dans les corps, elle devient le moyen de contacter toutes les sensibilités. Elle devient la caisse de résonance de la conscience atomique.
Sandrine Vieillard