Dans sa bonne foi et dans sa lutte intime contre les forces descendantes qui veulent s’imposer à lui pour dominer autrui par des formes réactionnelles qui voilent temporairement sa propre déchirure, l’égo peut être confronté, par une orchestration subtile des évènements, à faire face à des récriminations venues d’autrui, qui sonnent en lui comme une forme d’inquisition. Dit autrement, l’égo peut vivre des situations où son esprit le pousse à bout dans ses retranchements, à la limite de la diffraction, pour lui faire vivre en retour des situations où il se voit pris à défaut par les propos d’autrui, généralement des individus avec lesquels existe un lien karmique. Cela oblige l’égo à contenir cette charge qui pèse sur lui et qui suscite douleur et révolte intérieure alors qu’il est de bonne foi. Pour se libérer de cette charge qui l’emprisonne dans un vécu étriqué et dévalué, l’égo doit comprendre que le poids de cette charge est une incitation à dénoncer de manière radicale le mensonge derrière les formes qui se présentent à lui et le maintiennent dans un vécu lui donnant l’impression que les évènements et les propos dont il fait l’objet le piègent systématiquement pour le figer dans une position d’être le mauvais objet. Comme si d’une manière ou d’une autre on lui en voulait. Comme si d’une manière ou d’une autre, l’égo ressentait cette appréhension subtile qu’on lui en veuille parce que quelque part en lui serait imprimée cette marque invisible d’avoir été nuisible. L’égo ne sait ni pourquoi, ni comment, mais il subit cette impression qu’il aurait commis quelque chose de suffisamment terrible dans une dimension intemporelle pour récolter cette perception de nuisance. Cette emprunte n’est ni plus ni moins la manifestation d’une cristallisation d’une charge mémorielle dont l’égo a hérité dans son bagage karmique et dont il doit venir à bout en étant capable de dénoncer sur les plans invisibles l’habile orchestration de la pièce de théâtre humaine et événementielle qui le conduit à revivre les mêmes écueils vis-à-vis d’autrui et ceci malgré sa bonne volonté. L’égo doit aussi voir que cette charge, qui le pousse avec force dans ses retranchements pour diffracter par l’agressivité envers autrui ou encore par la dureté d’une fermeture à l’autre qui crée les conditions d’une forme d’autodestruction, est une porte d’entrée vers sa propre souffrance. Cette compréhension permet à l’égo de s’arrêter sur sa douleur d’être pris à défaut alors qu’il est de bonne foi pour sentir en lui sa vulnérabilité à fleur de peau et faire la traversée de cet intolérable en lui. Cet intolérable est une facette de son propre vécu de se sentir rejeté, parce qu’il ne serait pas digne, parce qu’il ne serait pas bon, parce qu’il ne serait pas assez si ou pas assez cela, parce qu’il ne serait pas légitime d’être aimé, parce qu’il ne serait pas aimable, parce qu’il serait détestable. Cet intolérable en l’égo doit être visité car il est la marque d’un rejet absolu que l’égo a vécu comme un interdit d’exister. Comme si son existence était inacceptable. Ce poids que l’égo porte sans comprendre et qui le réduit à réagir avec les instruments mémoriels de l’astral pour ensuite en souffrir de plus belle, doit être exploré dans les moindres recoins. Il doit être parlé et décrit au plus près de manière à ce que l’égo affine la définition de ce qui est réel en lui. Pour qu’il soit en mesure à terme de mieux définir sa parole vis-à-vis d’autrui afin qu’elle soit emprunte de la transparence sensible acquise par la traversée de cette intolérable expérience d’avoir été jeté dans l’abîme du rejet alors que rien dans sa nature réelle ne peut être rejetée.
Sandrine Vieillard