L’égo porte en lui le traumatisme d’être sur terre. Il le porte en lui parce que toutes les cellules de son corps sont imprégnées des stigmates d’un mémoriel de l’humanité marqué par les pires souffrances psychiques et physiques éprouvées dans l’histoire de l’incarnation. Son trauma, dont l’origine remonte à sa chute dans la densité de la matière, lui a retiré la quasi totalité de son intégrité en lui infligeant une sorte de honte d’avoir perdu sa perfection première venue de sa nature cosmique. Cette honte sourde, diffuse mais pleine, enfouie aux tréfonds de lui, oblige l’égo à se mettre en quête d’une légitimité à être incarné dans cette imperfection qui lui est insupportable mais à laquelle il ne parvient pas à trouver d’explication. Orphelin de ses origines et en quête désespérée de légitimité à être au monde, l’égo déboule dans la matière avec un défaut d’incarnation qui lui rappelle sans cesse qu’il ne parvient pas à trouver sa place dans ce monde. L’ego peut parfois vivre à ce point ce sentiment d’étrangeté qu’il se sent littéralement venir d’ailleurs, éprouvant encore davantage cette souffrance de ne pas savoir qui il est vis-à-vis d’un monde matériel dont les aberrations viennent faire résonner en lui un traumatisme originel qu’il ne parvient pas à identifier. La honte d’être déchu et le sentiment d’illégitimité lié au fait de ne jamais sentir en lui la perfection à laquelle il aspire, plonge l’égo dans un sentiment d’impuissance qui se rejoue chaque fois qu’un évènement de son existence terrestre ne fait pas son affaire et crée en lui une tension qu’il tente vainement de résoudre en se dévaluant, en jugeant autrui ou en se sentant victime de la vie. Les moyens de cette tentative sont non seulement vains mais finissent par affliger davantage l’égo car ces stratégies de résolution fondées sur la polarisation des formes de son existence le vident chaque jour un peu plus de ses énergies pré-personnelles, c’est-à-dire de son savoir cosmique fondé sur les principes de volonté, d’intelligence et d’amour universel. Les lois involutives qui règnent sur son incarnation font que l’égo est maintenu dans le réflexe de croire qu’il est petit face à la vie du fait de sa honte viscérale de faire l’expérience quotidienne de son sentiment d’imperfection. Ce faisant, il se place dans un état de soumission face aux impératifs des égrégores sociétaux qui se sont construits sur la base de son propre renoncement à réhabiliter son pouvoir. Renoncement qui provient de son ignorance face aux lois des plans invisibles qui régissent sa vie matérielle à un point qu’il ne peut s’imaginer sans céder au déni, à l’effroi ou à l’effondrement complet de ses anciennes assises identitaires. Lorsque l’égo parviendra à cette compréhension que son rapport à sa propre incarnation doit être révolutionnée par l’inversion de toutes les logiques involutives qui règnent sur son existence, il commencera à détenir les outils nécessaires pour la construction d’une nouvelle assise identitaire sur les plans invisibles. À partir de cette assise, gagnée par la volonté active de son âme à arracher l’information qui lui est due relativement à sa nature cosmique, l’égo parviendra à réhabiliter en lui sa puissance perdue. Cette puissance, qui n’a rien à voir avec un quelconque pouvoir exercé sur autrui pour rassurer la part insécure de l’égo, devient un baromètre intérieur pour aller toujours plus loin dans la compréhension de la vie qui cesse d’être un mystère face auquel tous les systèmes de croyance l’ont conduit à s’agenouiller.
Sandrine Vieillard