Il existe une fébrilité psychologique de fond que l’égo peut reconnaître en lui et dont le corollaire correspond à un niveau d’activité de son système nerveux qui le met dans un état de vigilance continue qu’il juge normal alors qu’il s’agit d’un régime biologique qui lui brûle son énergie vitale. L’ego vit son état de vigilance comme faisant partie de son fonctionnement normal car la fonction adaptative de survie d’un tel état est de répondre aux sollicitations du monde extérieur que l’égo vit et ressent comme relevant d’une injonction qui s’impose à lui et dont il ne peut se défaire car ce sont précisément ces sollicitations qui fixent son appartenance identitaire au monde tel qu’il va. Le sentiment d’appartenance, le sentiment de responsabilité à l’égard de quelque chose ou de quelqu’un, l’impression de devoir toujours faire plus pour tenter, sans jamais y parvenir totalement, d’être satisfait de soi-même, la sensation de n’être pas reconnu si ce qui est imaginé de ce que les autres attendent n’est pas honoré,… toutes ces imprégnations sont la marque d’une co-dépendance à des égrégores familiaux, culturels, sociétaux, professionnels qui donnent la sécurité psychologique de se sentir appartenir à une forme organisée du monde matériel, mais qui en contrepartie ne permettent jamais à l’individu de puiser en lui, de trouver et de manifester la nature, la qualité et la grandeur de son assise identitaire réelle. La vigilance anxieuse et continue que l’égo a appris très jeune à nourrir à l’égard du monde extérieur le place à un niveau vibratoire qui le conduit toujours à se réfléchir en comparaison avec le reste du monde pour trouver un point d’appui. Or, ce point d’appui est systématiquement remis en question et cause beaucoup de contradictions internes du fait des fluctuations et des changements permanents qui s’opèrent dans les formes organisées de l’existence car ces dernières reposent sur des systèmes de valeurs polarisés qui créent la dualité plutôt que sur un principe d’intelligence universelle garantissant une cohésion dynamique et vivante dont la puissance de manifestation est d’ajuster en permanence sa structure pour préserver les conditions de l’harmonie entre les êtres. Un tel principe d’intelligence ne peut s’établir à partir des sentiments d’appartenance, de redevabilité, de culpabilité ou de quête de reconnaissance nourris par des égos encore prisonniers de leur schémas psychologiques involutifs. Il repose en revanche sur la capacité de l’égo à se dissocier des liens karmiques qui le rattachent à des égrégores sociétaux ou familiaux pour se construire une assise identitaire issue de la refondation totale de sa conscience, c’est-à-dire bâtie sur la réhabilitation en lui de tout ce qui est intelligent, intègre et respectueux de lui-même et d’autrui.
Sandrine Vieillard