Dans sa relation à l’autre, notamment dans celle où il engage son énergie pour faire grandir un échange régulier d’informations, l’individu comprend, lorsqu’il est proche de lui-même dans sa conscience, que cet échange d’énergie entre lui et autrui l’amène inévitablement à s’aventurer sur un territoire neuf où il découvre au fur et à mesure de la communication qui s’établit, le paysage de la psyché d’autrui. S’il parvient à comprendre pour lui-même que le mouvement de circulation d’énergie qui le met en relation avec l’autre est une matière vivante qui demeure vivante à condition de ne pas être sclérosée par la fixité de ses propres schémas psychologiques susceptibles de figer le paysage d’autrui dans la raideur de ses systèmes de valeurs internes, alors l’individu devient capable de se soustraire à ses propres pesanteurs pour alimenter, dans une conscience toujours renouvelée de la joie que cela procure, la circulation d’énergie entre lui et autrui. Il comprend alors que son expansion de conscience individuelle ne repose pas sur une quelconque tentative de renforcer face à autrui ses assises identitaires involutives qui sont la manifestation de matières mémorielles mortes sédimentées en lui, mais qu’elle dépend de son aptitude à faire éclater toutes les formes limitantes qui pourraient faire poindre en lui la notion aussi subtile soit elle d’une impossibilité à nourrir le mouvement de la communication permettant d’ouvrir toujours plus grand et toujours plus loin l’espace d’un maillage entre deux intelligences sensibles qui décident de s’allier pour se révéler l’une à l’autre la vastitude de leur conscience mutuelle. Cette capacité à toujours viser l’expansion de soi plutôt que l’enfermement dans le connu de soi dans la relation à l’autre s’actualise dans la vie de l’individu lorsqu’il a suffisamment assis en lui cette souveraineté à partir de laquelle il est en mesure de dénoncer sur les plans tout ce qui n’est pas intelligent, c’est-à-dire tout ce qui d’une manière ou d’une autre est susceptible de créer une forme de division entre lui et autrui. L’individu doit être scient que l’exercice de cette souveraineté dans la relation à l’autre est régulièrement sollicitée au regard de la quantité astronomique d’impressions ou de pensées venues du plan astral dont la visée est de s’immiscer dans sa psyché pour venir teinter ou brouiller la clarté initiale de l’échange des énergies qu’il a vécues avec autrui. Cette conscience du point originel à partir duquel deux consciences ont engagé leur énergie propre pour en faire le berceau d’une expansion mutuelle constitue un rempart dynamique face à tout ce qui, venu du monde de la mort, c’est-à-dire du connu, vient cristalliser l’énergie circulante entre deux individus pour en faire des kystes relationnels où l’incommunicabilité règne en maître. Lorsque l’individu aura décidé de ne plus jamais se laisser enkyster par ce processus de division rampante entre les individus, il pourra vivre ses relations sous une forme qui sera à sa mesure en se respectant et en respectant intégralement autrui.
Sandrine Vieillard