L’arbre – L’arbre en travers du chemin
Marque la fin d’une habitude
De l’habitude de ne pas être soi
L’arbre en travers du chemin
N’est pas tombé sur la tête
Pour qu’elle puisse voir plus loin
Ascension — Miroir de l’âme chatoie-moi
Fais moi prendre mes entrailles dans les bras
Les tenir bien serrées
Jusqu’à ce qu’elles m’indiquent l’endroit
Passé les galeries intérieures
Des prouesses de ma liberté.
Puissance — Si un jour quelqu’un vous écrivait :
« Je peux venir te voir en grand équipage
Devenir quelqu’un qui compte
Assoir ma tête sur ton épaule
Et faire monter au visage les choses qui émeuvent
Je peux soudain faire tout ce qu’il ne m’a jamais été possible de faire. »
Reconnaîtriez-vous la puissance en lui ?
Sixième sens — Le sens de la présence en nous
Sonne comme une douceur azimut
Un horizon marin de plomb fondu
Le sens de la présence en nous
Fait grossir l’esprit parfait
Nourrisson de tous les ventres.
Temple sacré — Le corps est gentil
Il grandit avec la discrétion d’une plante
Et se plie à nos quatre volontés
Le corps est patient
Il se tait quand la tête parle
Et prend le repos qu’elle veut bien lui donner
Le corps est merveilleux
Un jour on le découvre
Et hop aussitôt il se met à vibrer
Le bon la brute et le truand — Devant les mystères de la vie
Il y a les bons les bruts et les truands
Les truands les violent avec leur sens commun
Les bruts les réduisent au presse-purée mental
Les bons prient pour eux tous les jours
Je me demande si je n’ai pas été une brute.
Décoffrer — Se déconditionner
C’est passer par quel décoffrage
C’est plonger dans quelle eau ?
Est-ce cesser d’expirer par le nez
Pour respirer par la peau ?
Contrastes — Le noir a tout rendu
Les eaux des yeux usés
Le diable tapi dans la gorge
Et l’âme écorchée
Le blanc a tout voulu
La peau sans limite
Les mains aux lignes immortelles
Et l’épée du Sphinx
Le drame de l’égo — Le drame de l’égo
C’est sa tragédie quotidienne
Qu’il récite comme un mantra sans changer une virgule
Le drame de l’égo
C’est son âge tendre
Qu’il brandit comme une vérité sans comprendre.
Équation existentielle — Le point d’orgue du chemin spirituel est le rapport
Entre la dissolution de l’égo
Et l’incarnation de l’âme
Multipliée par l’énergie du Qi
Ce n’est pas vrai
Mais un jour la psychologie occidentale nous le dira comme ça
Ce jour-là on sauvera son âme en regagnant les bois.
Cache-cache — Quand on ne s’appartient pas
On croit des choses étonnantes
Tous les jours la vie s’étonne des choses que l’on croit
Elle n’en revient pas que nous soyons si sourds à son appel
Elle use pourtant de mille astuces pour allumer la lanterne
Au début la lumière est faible et l’on ne voit pas à deux mètres
On comprend alors que le truc c’est d’avaler la lanterne
Pour dénicher l’être disparu depuis que l’on ne s’appartient plus.
Poisson — La vessie du poisson
Luit dans l’eau gamine des rivières du Jura
Elle a l’air de rien mais fend les courants les plus gros
La vessie du poisson
Est pour l’eau ce qu’est la chouette à la nuit
Elle donne au bleu le jaune qui lui manquait.
Sagesse — La sagesse n’est pas ce que l’on croit
Elle n’habite aucune tour d’ivoire
Elle circule comme le sang
Et transpire comme la peau
Elle épouille ses pensées
Et fraternise avec les bêtes
Rivière — Rivière
Tu noies les mots
Les pieds dans la mousse de tes pierres
Perdent l’idée d’équilibre
Dans ma chute
Je marie le soleil à l’eau
La seule respiration valable est sous ta peau
Rivière
Je bois ce mot
Sandrine Vieillard