315 L’expérience de la femme qui est toujours passée en second plan

Je vais tenter de définir la tension qui est bloquée dans mes corps et dont l’expression peut servir d’illustration à un pan du mémoriel de la femme. 

Cette souffrance est liée à l’intériorisation de devoir passer en second et de faire passer l’expression et la souffrance de l’autre avant la sienne. Cette souffrance est en lien avec la nature Yin de la femme par rapport à la nature Yang de l’homme. 

Quand j’énonce cette souffrance, je sens une vibration qui se répand dans ma gorge et dans mon cœur. Cette vibration renvoie à quelque chose de plus que je n’aurais pas, qui me manquerait, qui me ferait défaut, qui ne me serait pas permis. Ce quelque chose est propre à l’expression libre, complète et totale de soi. C’est relatif à l’histoire de la femme et notamment à ma propre histoire à travers les vies passées où il a fallu me cacher, me dissimuler, ne pas m’exprimer, rester dans une forme de non manifestation pour survivre. 

Cela a créé les conditions pour intérioriser la nécessité de passer en second plan. Dans ma nature Yin de femme, dans ma nature réceptive, il y a une souffrance mémorielle d’avoir reçu les desiderata de l’homme sans broncher alors que ces desiderata étaient aveugles à ma sensibilité et à ma nature. Cet aveuglement, qui était réciproque mais qui n’était pas su, fait que je suis restée prisonnière de cet état de devoir endurer le mouvement de manifestation de l’autre en écrasant le mien. 

J’ai passé beaucoup de temps à écraser mon expression, à ne pas dire, à ne pas exprimer ce qui était si intéressant et si important à mettre à jour. Cela a affecté ma capacité à parler de moi. Je me suis effacée dans l’expression de mon propre désir et dans l’expression de mon propre feu, à tel point qu’aujourd’hui, je sens que dans mes corps, il y a une souffrance qui se situe à cet endroit ou plutôt dans ce contexte de m’être tue si longtemps, de ne pas avoir pu m’exprimer et ainsi  de porter la charge de ma propre tendance à me renier dans la non définition de ce que je vis et de ce que je ressens. Je me suis annulée, effacée. 

En disant cela, je sens que ça travaille très fort dans ma gorge et je sens dans l’invisible des menaces alentours, des mémoires du passé d’où émergent des épées tranchantes qui servent à couper les têtes, des cordes qui sont utilisées pour pendre, des mains qui étranglent. Je sens dans ce mémoriel la volonté de prendre le dessus pour étouffer la voix, la sensibilité et la nature de la femme. Je me suis vraiment fait agresser, étrangler. On a réduit ma voix et l’expression de qui je suis à néant. 

Donc il y a cet écrasement qui existe dans mes corps et aussi longtemps que je ne dévoile pas cela complètement, je vis avec cette souffrance d’être celle qui passe toujours en second et qui se tait pour écouter l’autre. Avec ce bagage mémoriel, je suis celle qui est incapable de dire ce qu’elle vit puisqu’elle a tellement intériorisé l’interdiction de s’exprimer qu’elle s’est coupée elle-même et de ce qu’elle pourrait dire d’elle. Cette interdiction a nourrit la croyance que ce qui pouvait sortir de ma bouche en lien avec ma sensibilité propre ne pouvait intéresser personne. C’est une formidable négation de soi dont j’hérite à travers l’expérience planétaire de la femme. 

Tout ça doit remonter à la surface et c’est ça qui permet d’établir un rapport d’égal égal avec l’homme. Il y a une parole à réhabiliter, une parole à rétablir. Il n’y a qu’avec cette conscience, il n’y a qu’avec ce processus de dévoilement individuel que je peux oxygéner toutes les parties sclérosées de mon être pour lui redonner la vitalité nécessaire à son expression. C’est un dévoilement, une mise en lumière de ce qui crée cet état de toujours devoir passer en second et de devoir écouter la souffrance de l’autre avant de pouvoir être écoutée, ou entendue, ou comprise, ou vue. 

Dans cette impossibilité, il y a une distorsion car cet état de fait génère un système de valeur intériorisé ou, à défaut de comprendre sa propre souffrance, on attend d’être vu par l’autre avant de se voir soi-même. Cette distorsion engendre un aveuglement mutuel dont il faut sortir. Et pour en sortir, il s’agit de passer par ce processus d’intériorisation et de dévoilement. Ici, j’ai la possibilité de mettre le doigt sur ma souffrance, de la définir, de la parler, voir même de la partager pour sortir de la distorsion et de la réduction où elle me tenait. Avec cette nouvelle conscience élargie par le dévoilement des traumatismes du passé, je peux écouter la souffrance de l’autre sans sentir grandir en moi ce malaise de devoir passer en second car je réhabilite dans mes corps la pleine légitimité de tout dévoiler tout en étant parfaitement ajustée à la conscience de celui ou de celle qui est  face à moi. 

Dans le dévoilement des souffrances et la compréhension de ce qui a été brimé, il y a une perfection qui s’établie dans la conscience et dans son prolongement naturel, à savoir la parole. Dans ce processus, ma parole n’est plus dévoyée par les blessures non mises à jour. Il y a une nouvelle capacité à parler, comme si je parlais pour la première fois, sans qu’aucune charge mémorielle ne pèse sur mon verbe.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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