Le sentiment de rejet vibre dans les corps de l’égo comme une coupure radicale car tout ce qui le relie à l’autre est rompu par une mise en quarantaine forcée. L’égo se sent destitué de sa reliance à autrui. Il se voit exclu d’un ensemble vivant qui le faisait vibrer à l’harmonie d’un tout cohérent. Il perd sa nature essentielle car les liens qui lui permettaient de se sentir intégré à une unité sont brisés. Il se sent banni et écarté d’une totalité qu’il a connu et dont il a été violemment retiré. Le rejet est une forme de déshumanisation car l’égo sent se morceler en lui une lumière dont il est privé. Écarté de l’unité à laquelle il appartenait, il se sent réduit en miettes dans une fragilité extrême. Pour imager ce traumatisme il est possible de se représenter la structure de la fleur de vie composée d’une myriade de points d’intersection représentant les points de contact entre différentes sphères de consciences. Sentir le rejet équivaut pour l’égo à revivre le moment traumatique où il a été arraché à cette structure harmonique. Le choc absolu que représente cette brisure originelle devient une faille psychique ultime où s’engouffre les premières réflexions à partir desquelles l’égo interprète ce qui lui arrive. Vivant la douleur de ne plus se savoir, il nourrit la croyance de ne plus se reconnaître comme étant valide et valable à ses propres yeux comme aux yeux d’autrui. Il sent à la fois la peur et la honte mêlées d’avoir été mis en quarantaine. Il porte la charge d’un questionnement sans fin de se demander pourquoi il a été rejeté de la sorte. Il sent grandir en lui un poids qu’il vit comme une condamnation. Il sent profondément la marque de la répudiation qui lui fait sentir et croire qu’il porte en lui une faute, une faille, une imperfection, une insuffisance. Il se sent puni et comprend que le rejet agit sur lui comme un châtiment éternel. Il est l’indésirable, le non souhaité, l’exclu. Il devient poreux à l’influence des forces descendantes qui après avoir infiltré son mental pour lui faire vivre ces sentiments, exploitent sa souffrance pour lui insuffler un réflexe de survie consistant à se dévaluer, à combattre, à se défendre et à rejeter à son tour pour tenter de soulager sa souffrance qu’il ne comprend pas. En tentant par ces moyens de se sortir de sa fragilité extrême, il s’inféode à ces forces qui organisent et perpétuent ce qui l’a toujours fait souffrir : la division et la séparation. Sa psyché devient le support de leurs influences qui pervertissent sa vulnérabilité première pour en faire une sensibilité meurtrie dont l’expression souffrante le rend incapable de saisir le réel de sa déchirure et d’en comprendre l’origine. Dans ces conditions, l’égo souffre et réagit chaque fois que l’expérience de se sentir rejeté se rejoue dans sa vie. Il lui faut alors mobiliser assez de force psychique pour être en mesure de revivre une ultime fois ce traumatisme du rejet sans se réfléchir pour toucher au réel de sa sensibilité. Il comprend ainsi que la perversité des forces retardataires a toujours été d’exploiter la violence de sa souffrance pour le soumettre à des réactions psychologiques qui ne font que la perpétuer.
Sandrine Vieillard