Parmi les pensées mensongères et insidieuses qui colorent la conscience de l’ego, il y a celles qui utilisent ses failles psychiques pour infiltrer dans son mental des jugements sur la façon dont l’autre évolue. Cette réflexivité instantanée est un piège pour maintenir entre lui et l’autre un barrage psychologique qui ne lui permet pas de réaliser qu’il est lui-même le siège de parasites retardataires qui le coupent de son propre réel. Tout occupé à apprécier l’expression d’autrui, l’ego oubli de regarder comment son propre espace psychique est pollué. Ce faisant, il est maintenu dans une polarité qui bien que parfois très subtile n’en reste pas moins un assujettissement de sa conscience. Ce réflexe de l’ego provient de son insécurité non dévoilée à sortir d’un prisme involutif qui l’enjoint à se comparer pour répondre à son besoin de sentir les contours psychologiques de son identité factice. Sans ces contours, l’ego est obligé de dépasser les contingences psychologiques de son fonctionnement pour prendre la mesure de qui il est sur d’autres plans de conscience. Cela le met face à lui-même et l’oblige à cesser de recourir à tout réflexe comparatif afin de prendre la responsabilité intégrale de sa propre évolution psychique. Ce processus le pousse à pulvériser son sentiment de petitesse en traversant les murs de son propre aveuglement et en cessant de se défausser dans le réflexe de juger l’autre avant de se regarder lui-même. Plus l’ego utilise ce qu’il vit pour en dévoiler les fondements occultes, plus il prend la responsabilité de se dissocier des forces qui exploitent l’altérité pour le ramener à une conscience primitive. Plus il s’engage dans le savoir que tout ce qui lui arrive est une affaire qui doit d’abord se régler entre lui et son esprit, plus il apprend à se soutenir seul dans sa vie. Cette nouvelle dynamique psychique re-configure entièrement son rapport à lui-même. Il devient apte à ne plus projeter ses propres insuffisances sur autrui pour commencer à déconstruire les orchestrations archaïques des plans invisibles qui misent sur la division humaine pour exercer leur suprématie sur l’être humain. L’ego comprend alors que sa force réside non seulement dans la construction de son assise identitaire mais que cette dernière doit devenir le socle à partir duquel il déjoue ce qui le pousse insidieusement à dévaluer l’autre pour se réfléchir dans le périmètre étriqué d’une conscience aveuglée. Le comprenant, l’ego se protège et protège l’autre des formes de division nourries par un aveuglement dont il a su se libérer.
Sandrine Vieillard