Lorsque l’être humain grandit sous le règne des lois involutives qui orchestrent les brimades réitérées de sa sensibilité, il développe en lui un no man’s land où toutes ses souffrances accumulées devenues une masse inerte d’énergies polarisées se cristallisent dans ses corps subtil et physique pour bloquer la libre circulation de sa propre énergie d’expansion. Ces cristallisations font vibrer en lui une blessure abyssale dont les ramifications se substituent aux ramifications de son système nerveux alors réduit à fonctionner sur un mode défensif (ou de fuite) qui traduit l’actualisation de la mémoire d’avoir été systématiquement mis en pièce par la violence et la répétition de ce qui a réprimé sa sensibilité réelle. Pour sortir de ce no man’s land, l’individu n’a pas d’autre choix que d’entrer en contact avec l’inertie de sa souffrance pour la faire fondre en lui grâce au mouvement qu’il peut impulser dans son intériorité de se laisser aller dans les méandres de sa vulnérabilité, c’est-à-dire de dépasser le seuil de la réactivité copieusement alimentée par la réflexivité de son mental pris d’assaut par les pensées involutives des plans astral et surmental, pour toucher au cœur de sa nature. Cela le sort de ses réactions de défense ou de fuite car en contactant ce qu’il y a de plus vulnérable en lui par le mouvement inédit de glisser dans sa fragilité extrême, il découvre l’essence première de sa sensibilité réelle. Ce mouvement est particulièrement éprouvant car il place l’égo aux confins de sa souffrance, c’est-à-dire là où il porte la mémoire des bris et des morcellements de sa nature originelle. En faisant un pas dans cette direction, l’ego se propulse au-delà des jeux occultes qui ont été orchestrés dans sa vie pour exploiter sa souffrance d’avoir été tant brimé dans sa sensibilité. Il touche au point initial de qui il est et réinitialise dans le même temps le mémoriel involutif qui a jusqu’alors lourdement pesé sur son système nerveux. C’est par le plongeon réitéré dans les sphères profondes de sa plus grande vulnérabilité que l’ego parvient à nettoyer les stigmates de ses souffrances qui l’ont toujours fait réagir et qui n’ont cessé de l’alourdir par l’accumulation de chaînes karmiques générées par ses réactions défensives. Ce faisant, l’ego sort de la spirale infernale des jeux involutifs de l’existence humaine pour rétablir une libre circulation de ses énergies pré-personnelles dans ses corps. Cela lui permet de toucher à une liberté psychique qui s’était jusqu’alors toujours dérobée pour finir par lui apparaître inaccessible tant ses souffrances l’ont confiné dans le circuit infernal de la réaction psychologique. En traversant les méandres de ses souffrances tout en se rendant libre de toute mécanique réflexive, l’ego atteint un degré de gestion de son énergie qui marque son évolution psychique et lui permet de vivre l’absolu de son besoin d’expansion.
Sandrine Vieillard