Les esprits sont extrêmement habiles pour orchestrer des évènements dont l’organisation très subtile participe à maintenir l’ego dans un rapport d’adhésion à la forme le rendant alors tributaire des jeux d’impressions qu’elles créent en lui. Dans ces conditions, l’ego peut ne pas parvenir à prendre le recul suffisant pour évaluer ce que son esprit veut précisément lui faire entendre à travers l’orchestration de ces formes. Celles-ci ont souvent un temps d’avance sur lui s’il n’apprend pas à toujours repousser les limites de sa propension à s’identifier à ce qu’elles viennent faire vibrer dans ses corps. Le jeu de manipulation de la psyché par les formes est continu et se veut toujours plus fin et subtil pour obliger l’ego à perfectionner sa capacité à ne pas se laisser influencer par elles. Ce long processus a pour visée de rendre l’ego complètement libre des formes dont l’influence a été jusqu’alors totalitaire. Se libérer d’un tel pouvoir totalitaire qui joue en permanence sur les failles programmatiques de l’ego par les voies de ses modalités sensorielles et par celles des mémoires engrammées dans son système nerveux est un processus qui prend du temps parce qu’il ne peut s’affiner que par l’expérience. Une fois que l’ego comprend ce jeu de manipulation, il peut établir un nouveau rapport aux formes fondé sur une prise de recul systématique de ce qui lui présenté. Cette prise de recul équivaut pour l’ego à modifier la conscience qu’il a de lui-même. Elle équivaut pour lui à se défaire de son mouvement spontané mais aveugle d’épouser la forme pour la laisser le pénétrer et déclencher en lui une mécanique interprétative psychologique basée sur les instances de la mémoire involutive encore présente dans ses corps. Au fur et à mesure que l’ego déjoue les influences de la forme sur ses corps, il se libère de l’interface mémorielle qui le fait vibrer et l’emprisonne dans un sentiment de lui-même ultra connu et enfermant. S’il veut sortir de cet enfermement, l’ego est amené à être proactif et à introduire entre la forme et lui une interface dialogique avec son esprit pour questionner l’événement, sonder les vibrations que cet évènement vient déclencher dans ses corps, prendre le recul nécessaire pour avoir une vision systémique du contexte, et se dés-impliquer des impressions que les formes diffusent à des fins d’imprégnation psychique. Non pas que la forme soit diabolique par essence. Mais parce qu’elle véhicule des charges polarisées auxquelles les corps de l’ego demeurent sensibles aussi longtemps qu’ils sont aveuglément gouvernés par les lois des mondes astral et surmental. Cela donne la mesure de l’importance de faire cesser tout empire de la forme sur la psyché afin que l’ego soit totalement libre d’en faire usage sans basculer dans l’assujettissement ou la domination. Cela permet également de comprendre que pour faire cesser l’empire de la forme sur sa psyché, l’ego doit en appréhender toutes les facettes. Son déconditionnement vis-à-vis des formes est donc un processus patient qui s’affine au fil du temps et lui permet de mettre à jour ce à quoi il vibre réellement plutôt que de vivre dans un état d’être en permanence magnétisé et dépossédé de lui-même.
Sandrine Vieillard