Dans la traversée de sa déchirure la plus profonde, l’ego touche à la mémoire brûlante et glaçante du moment ou tout s’est fragmenté en lui. Ce moment est son plus grand traumatisme. Celui d’avoir été arraché à son unité première pour tomber dans la fatalité de se croire à jamais coupé de son intégrité. Toutes ses vies durant, l’égo a traversé des évènements qui n’ont eu de cesse de rejouer en lui la mémoire d’être dénaturé et coupé de son essence. Toutes ses vies durant, l’ego a fuit la déchirure qui faisait vibrer ses corps avec une telle intensité que face à l’ignorance de ce qui lui arrivait, l’ego s’est maintenu à distance d’un cataclysme que ses corps ne pouvaient supporter. Aujourd’hui, l’égo n’est plus ignorant de la nature de sa déchirure. Il sait qu’en se présentant de nouveau à lui, elle peut le propulser, s’il ne la fuit pas, dans les abîmes d’une souffrance psychique et physique ultime qui lui fait revivre l’expérience de son morcellement. L’ego doit savoir que sa déchirure intérieure peut se manifester par de puissantes vagues de feu et d’eau qui viennent taper, percer, fissurer, soulever la matière dense et éthérée de ses corps. Il peut réellement vivre l’agonie dans ses corps et traverser dans sa psyché l’effroi de se sentir enseveli par les bris de sa souffrance. Ce soulèvement énergétique rejoue littéralement la fragmentation de ses corps subtils. Lorsqu’il se retrouve dans l’œil du cyclone, l’ego touche à sa plus grande vulnérabilité, celle d’être emporté par une souffrance titanesque dont la masse lui fait sentir la menace de ne pouvoir y résister tellement l’afflux d’énergie est intense. Pourtant, l’ego a la possibilité de la traverser sans se fracturer. Il peut se laisser traverser par l’intensité démesurée de cette énergie qui laboure ses corps en comprenant qu’il est face à une déferlante énergétique qu’il lui faut absorber. L’ego peut traverser sa déchirure parce qu’il a suffisamment travaillé sa contenance énergétique pour ne pas disjoncter à le venue de cette déferlante. Il n’interprète pas psychologiquement ce qui lui arrive mais suit par sa conscience tous les circuits les plus fins que l’énergie emprunte dans ses corps pour décristalliser les amas de brisures accumulées au fil des diffractions passées qui ont construit son karma. Par sa conscience, l’ego fusionne avec cette énergie qui vient laver la totalité de ses corps en décollant le mémoriel traumatique qui l’a réduit à la condition de se sentir imparfait et incomplet. L’égo touche alors dans le même temps à sa plus grande vulnérabilité et à sa plus grande force. Ce faisant, il marie les deux pôles de son être qu’il a toujours cru devoir opposer. Sa puissance et sa vulnérabilité fusionnent en un tout qui l’ouvre à une conscience renouvelée.
Sandrine Vieillard