Lorsque l’égo ressent vis-à-vis d’autrui un manque de confiance, il ressent dans ses corps une aspérité qui lui fait vivre une menace de perdre le contrôle sur la situation dans laquelle il se sent engagé. Cette menace, qui fait peser sur l’égo une crainte enfouie dont la tension générée dans ses corps se déguise en déficit de confiance vis-à-vis d’autrui, est en fait un déficit de confiance en lui. Ce déficit de confiance en lui, l’égo ne le voit pas parce qu’il interprète la forme qui s’actualise dans l’évènement comme étant la preuve d’un manquement potentiel à venir qu’il redoute. Ce déficit de confiance en l’autre est l’émanation d’une peur archaïque qui se rejoue à travers des ressentis tangibles du corps fonctionnant comme un signal d’alarme que l’égo tente de décoder à partir de la forme événementielle plutôt qu’à partir de ce qui vibre réellement en lui. En s’accrochant à la forme événementielle pour comprendre son déficit de confiance, l’égo cherche une cause à sa tension et la trouve immédiatement à l’extérieur de lui et plus particulièrement en l’autre. Dans cette mécanique mentale, il se donne toutes les raisons rationnelles pour penser ce qu’il pense du fait même qu’il ressent ce qu’il ressent vis-à-vis d’autrui. Plutôt que de questionner son ressenti, non pour le remettre en cause mais pour en dévoiler la nature réelle, l’ego préfère se donner une explication psychologique fondée sur les formes défaillantes qui viennent précisément faire vibrer en lui des peurs qui le mettent en déficit de confiance vis-à-vis d’un autre que lui. Il tombe alors dans le piège de nourrir une forme de défiance qui s’agrège en lui et autour de lui comme une masse d’énergie inerte qui le fige dans son rapport à l’autre et le prive d’une liberté psychique totale lui permettant de traverser la forme évènementielle sans la craindre et ceci quelle qu’en soit l’issue. L’ego reste alors pris dans ses peurs et prisonnier de son déficit de confiance. Il se sent à la fois menacé et coupé d’autrui. Il tente de se protéger psychiquement de cette situation par la réflexion qu’il nourrit de se sentir potentiellement victime d’autrui. Cela le place dans un état de victimisation qui le réduit dans sa conscience car il n’est plus libre de rien. Il subit, il craint, il évite, il soupçonne l’autre. Il se coupe de l’autre et se coupe de lui-même. Lorsque l’égo est confronté à une telle dynamique relationnelle ou le déficit de confiance s’actualise, il doit comprendre que son esprit orchestre au millimètre la chaîne des évènements qu’il traverse afin qu’il aille voir au-dedans de lui les peurs, les blessures, les injustices, les trahisons, les abandons, qui colonisent encore la matière éthérée et densifiée de ses corps et qui viennent les faire vibrer en réponse à la forme qu’il vit. En faisant ce pas, l’ego redevient maître à bord car il est en capacité de confronter psychiquement toutes les entités qui viennent imprimer dans sa tête telle crainte ou telle appréhension. Il les fait toutes tomber car il se donne la responsabilité d’aller dévoiler tout ce qui obère sa relation à lui-même et à autrui. L’égo fait ce mouvement pour répondre à son besoin absolu de comprendre sa vie pour cesser de la subir. Il devient le sage qui ne peut s’enorgueillir car il est tout occupé à examiner sa propre psyché pour la défaire des verrous mémoriels qui la retardent dans son évolution.
Sandrine Vieillard