Lorsque l’ego vit un état d’émotivité intense, il fait l’expérience d’être littéralement envahi par une vague de sensations physiques qui vient alourdir son corps. Que cet alourdissement coïncide avec un mouvement d’attraction ou avec un mouvement de répulsion, il est toujours la marque d’une emprise qui s’opère sur sa psyché et sur ses corps subtil et physique. Il est la marque de l’infiltration d’une ambiance corporelle et psychique avec laquelle l’ego est familier et dont il est complètement captif sans parfois même le savoir. Cet état d’être captif équivaut pour l’ego à vivre l’expérience de se sentir dans l’impossibilité de se détacher des sensations qui s’imposent à lui car il leur attribut une valeur de vérité relativement à l’expérience qu’il traverse. De cette façon, l’ego est maintenu prisonnier d’un mouvement intérieur polarisé qui vient bouleverser son équilibre interne et lui fait vivre une panoplie de manifestations physiques activées par son système nerveux vibrant au maximum de son intensité à la forme évènementielle responsable de son émotivité. Cette captivité vis-à-vis de ce qui le fait vibrer si intensément sur un baromètre de plaisir ou de déplaisir pour polariser son rapport à lui-même et son rapport à la vie, peut constituer pour l’ego un mode d’existence qu’il recherche pour se créer des sensations lui donnant ainsi l’impression d’être en vie. Dans cette recherche, l’existence de l’ego devient une soumission à tout ce qui réveille son système nerveux pour le faire vibrer à des états sensoriels qui le dominent. Cette domination du corps émotif sur la conscience de l’ego et sur ses corps est sa plus grande prison psychique car elle le place dans un rapport à la vie qui l’inféode à la réactivité de son système nerveux conditionné par l’accumulation d’un mémoriel qui exacerbe son sentiment de subjectivité. Ce sentiment maintient l’ego dans un périmètre psychique totalement réduit à cette subjectivité qu’il érige en système de valeur et qui lui fait perdre de vue sa nature universelle. De sa subjectivité polarisée découle alors tous les mouvements de comparaison, de division, d’orgueil, de solitude, d’espoirs illusoires ou encore de projections vampiriques qui fleurissent en lui et aboutissent au vécu d’imperfection et de dysharmonie qu’il endosse comme étant le prix à payer pour vivre sa vie. Cette condition d’inféodation à sa subjectivité qui crée les murailles de sa propre vie peut être poussée à son maximum pour conduire l’ego à vivre un tel état d’inconfort et de souffrance interne qu’il se voit alors obligé d’aller au delà du périmètre étriqué de sa subjectivité pour comprendre enfin que sa nature réelle se situe en dehors d’elle. L’ego réalise alors que ce à quoi il s’est identifié pour construire un système de croyances édifiant sa personnalité est une structure figée dont la fixité en fait une émanation morte de lui-même s’effondrant au fur et à mesure qu’il se donne la volonté d’avancer vers la réification de ce qui est réel en lui.
Sandrine Vieillard