Lorsque l’ego est exposé à un flux substantiel d’informations non réelles, que ce soit par ses interactions sociales ou encore par son usage des réseaux sociaux, la polarité de ces informations et toutes les lois d’impressions qu’elles relaient viennent s’agréger dans son mental pour former une atmosphère psychique subtile vis-à-vis de laquelle il peut, s’il n’y prend pas garde, devenir captif. Cette captivité psychique se traduit par un sentiment vague et diffus d’être pris par l’impulsion de s’en remettre au même flux d’informations pour calmer un sentiment d’arrière plan mal identifié correspondant à une forme d’insatisfaction permanente et diffuse. Cet état qui fait vivre à l’ego un goût d’inachevé, c’est-à-dire une mise en suspension de sa psyché sur-activée par des informations contradictoires, le place dans une fuite en avant car il n’a pour seule référence que ce flux qu’il suit mécaniquement dans l’espoir de nourrir son besoin de comprendre. Ce mouvement maintient l’ego dans un tel état de pollution mentale qu’il vit un parasitage psychique permanent. Son mental et son corps émotionnel deviennent l’habitacle de multiples égregores sociaux et culturels qui créent les formes involutives du monde dans lequel il baigne et auquel il s’identifie. L’ego finit par ne faire qu’un avec ces formes et poursuit sa recherche compulsive d’informations ou de distractions pour tenter de toucher à travers elles la réponse à une quête plus fondamentale de trouver une vérité. Parfois ces formes s’imposent avec une telle puissance sur sa psyché que l’ego finit par croire qu’elles sont le reflet de qui il est. Dans ce processus, l’identité de l’ego se fait littéralement hâper par les croyances et les jeux de polarisation qui s’exercent à travers ces formes. Sa conscience se fait complètement envahir par une mécanique informationnelle ayant vocation à créer des contradictions internes pour activer un processus de réflexion sans fin qui épuise l’ego et ne lui permet ni de trouver une paix interne, ni de savoir qui il est réellement. La subtile invasion du climat informationnel dans la psyché de l’égo est un outil massif de pollution mentale qui décentre l’ego et suce en lui toute volonté de s’extraire d’un marasme informationnel qui le perd dans les soubresauts des discours d’opinion. C’est lorsque l’ego sent dans ses corps un état de saturation profond et urgent qu’il peut reconnaître en lui ce besoin impérieux de se désintoxiquer d’un climat informationnel, qui par ses lois d’impressions, agit sur lui comme une prison mentale, le privant de sa liberté première de se définir à partir de son centre, c’est-à-dire à partir de son savoir pré-personnel qu’il commence à déployer en faisant cesser tout ce qui vient voiler et opacifier sa conscience.
Sandrine Vieillard