Lorsqu’il ressent une douleur physique durable, lancinante, l’ego est instantanément mis face à la descente d’une énergie intense et polarisée qui vient pénétrer ses corps et qu’il est susceptible d’interpréter sous le prisme de sa peur de mourrir, c’est-à-dire de sa peur profonde de perdre son intégrité. La douleur physique est une attaque de ce que l’ego croit être les fondements de sa conscience. Elle agit de telle sorte à ce qu’il la vive comme étant un retrait de lui-même dans sa propre matière. Il peut se sentir coincé et diminué devant le phénomène de la douleur qui a toujours marqué, à travers l’histoire de l’humanité, l’ultime limitation de son incarnation. Cette ultime limite est vécue et comprise par l’ego comme une loi déterminant sa condition existentielle sur terre. Il l’a toujours subit, il l’a toujours craint et a recherché au mieux qu’il le pouvait à en soulager les outrages sans toutefois jamais la comprendre. Cette recherche de soulagement est une vaine tentative de répondre à l’angoisse de la mort car elle ne permet pas à l’ego d’en saisir ni les tenants ni les aboutissants réels. La douleur physique doit être comprise dans sa dimension occulte pour être dénoncée ensuite par une conscience n’ayant plus peur d’elle précisément parce qu’elle en comprend la nature. L’énergie polarisée qui descend dans les corps lorsque la douleur s’installe est une forme d’électrisation de zones tissulaires dans la matière du corps physique qui vient réveiller toute la charge mémorielle traumatique engrammée au niveau cellulaire. Ce réveil s’actualise par la douleur physique face à laquelle l’ego répond de façon psychologique par la peur et les appréhensions nourries par le sentiment de n’avoir aucune visibilité c’est-à-dire aucune clairvoyance sur ce qui se joue dans ses corps. Le sentiment d’être enlevé à lui-même vient radicalement décentrer l’ego qui peut alors vivre une complète diffraction de ses énergies par les doutes, les interrogations, les paniques, l’impression d’être victime et la recherche éperdue d’être soulagé comme une fuite face à ce qui se présente comme étant plus grand que lui et comme étant susceptible de le menacer dans son intégrité. La douleur physique peut faire partie des modes d’initiation radicales pour tester l’ego dans sa capacité à contenir l’énergie qui descend dans ses corps, c’est-à-dire dans sa capacité à ne pas céder à la polarisation négative de cette énergie pour être en mesure d’en absorber l’intégralité. Pour l’ego, ce travail d’absorption se fait dans la conscience que son esprit est le chef d’orchestre de cette descente d’énergie dans ses tissus. Il se fait dans la conscience que l’objectif de l’esprit est d’opérer une mutation de son corps au plan cellulaire. Cette mutation se fait aussi à partir du savoir que l’ego se construit dans son rapport avec son esprit que ce dernier, du fait de sa nature Yang, n’a pas la mesure de la sensibilité du corps physique qui est le pôle Yin de l’incarnation de l’ego. Ce faisant, dans la conscience qu’il a des jeux qui s’opèrent en lui, l’ego devient l’interface entre la descente d’énergie polarisée initiée par l’esprit et les capacités d’absorption de son propre corps physique. Il devient celui qui entre en action pour soutenir au mieux sa matière dans son travail d’intégration énergétique. Par ce mouvement, l’ego soutient son corps, le soigne, l’écoute. Il est en fait le support indispensable dont l’esprit a besoin pour actualiser sa descente dans la matière. À ce stade, l’égo ne peut pas verser dans le renoncement, la victimisation ou la plainte. Il s’organise pour contenir toujours plus d’énergie et pour instruire son esprit des paramètres de son corps physique afin qu’ultimement, son Yin, c’est-à-dire son âme, c’est-à-dire son corps physique, soit respecté. Dans la traversée de l’initiation par la douleur physique, l’ego est conduit à réhabiliter dans sa communication avec l’esprit la souveraineté de son corps physique car c’est uniquement à partir de lui que l’esprit peut faire l’expérience de la matière. Sans lui, aucune fusion n’est possible. Cet apprentissage que l’esprit fait dans sa descente dans les corps de l’ego réhabilite un principe clef dans l’harmonisation du Yin et du Yang, à savoir le principe du respect intégral du corps physique longtemps resté le terme manquant à l’équation. Ainsi, le corps physique devient, dans le processus graduel d’épuration du mémoriel qui le libère de sa conscience involutive, la manifestation d’une nouvelle conscience atomique.
Sandrine Vieillard