Dans son processus initiatique, l’ego peut être amené à expérimenter des formes relationnelles orchestrées de telle manière à ce que deux esprits utilisent leurs égos pour que l’un fasse vivre à l’autre une situation qui lui fait sentir une grande tension. Cette tension, vécue comme une atteinte à la vision d’harmonie de l’ego qui la vit, rejoue en lui un sentiment de déception, d’abandon, de rejet, d’oubli, de trahison,.. qui peut le faire basculer dans des réactions défensives internes venant faire émerger la souffrance de ne pas être reconnu et respecté dans sa sensibilité. Cette sensibilité heurtée réveille en l’égo une grande souffrance qu’il est amené à reconnaître comme étant la cible de toutes les forces retardataires réunies pour le pousser à retourner contre celle ou celui qu’il pourrait désigner comme coupable, tout le feu de la colère qui se déclenche en lui lorsque sa blessure est réactivée. Ce type d’orchestration est un cas d’école de ce qui se joue de manière plus ou moins subtil sur le plan relationnel entre deux êtres aspirant à l’harmonie mais vivant la turbulence de formes qui viennent toujours tester leur centre identitaire et leur aptitude à aimer, c’est-à-dire à maintenir coûte que coûte l’harmonie entre eux. D’un point ce vue évolutif, ces orchestrations de formes événementielles qui font souffrir sont utilisées pour que l’ego heurté dans sa sensibilité soit mis face à lui-même afin de saisir l’occasion en or de reconnaître et de toucher sa propre souffrance et de comprendre que cette dernière est la manifestation de sa propre grandeur car ce qui souffre en lui est la totalité de sa perfection outragée par les lois de la densité de matière. En prenant conscience du fait que sa souffrance est le revers de ce qui définit sa nature originelle, l’ego peut se laisser traverser par ce qui fait si mal pour se saisir de cette nouvelle conscience que son arrachement à son état de perfection est le résultat de sa chute dans la matière et que son incarnation actuelle est le moyen par lequel il réhabilite sa totalité. Ce chemin de réhabilitation de lui-même qu’il se fraie dans la traversée des souffrances accumulées dans les mémoires de ses corps est sa voie de passage vers la perfection qu’il a toujours recherchée sans savoir comment la trouver. Son mouvement n’est ni un mouvement d’autoflagellation, ni un mouvement de victimisation. Son mouvement marque la conscience élargie qu’il a de lui-même dans sa volonté d’aller vers plus d’intégrité. Si, au contraire, la conscience et les corps de l’ego ne sont pas encore prêts pour comprendre le jeu de cette orchestration et pour franchir le seuil fatidique où la souffrance devient intolérable parce qu’elle n’est pas diffractée contre autrui, contre la vie ou contre soi-même, alors l’ego devient le jouet des forces retardataires qui exploitent sa souffrance pour nourrir le principe de division qui règne entre les êtres depuis des millénaires. Conscient de cela, l’ego comprend que les transformations qui s’opèrent dans ses corps ont quelque chose d’historique quant à la redéfinition de ce que lui et d’autres êtres ont à vivre ensemble. L’ego dépasse alors sa condition archaïque d’être inféodé et réactif à la souffrance pour faire de cette dernière un levier d’expansion psychique et y puiser la compréhension de lui-même afin de faire grandir la finesse de sa sensibilité à partir de laquelle il peut établir les nouvelles prémisses de sa vie.
Sandrine Vieillard