280 La frustration de l’égo

La frustration que peut ressentir l’égo face à certains évènements de sa vie renvoie à une énergie d’impuissance qu’il vit dans ses corps sans pour autant en identifier la nature. La frustration conduit l’ego à rejeter le feu de son insatisfaction face à la vie, face à autrui ou encore face à lui-même, renforçant d’autant le sentiment de frustration qui lui fait vivre un enfermement dont l’intensité peut devenir à ce point insupportable que l’ego ne voit pas d’autres issues que de blâmer ce qui, dans l’interprétation psychologique qu’il fait de l’évènement, constitue pour lui la cause de sa frustration. Cette focalisation de l’ego sur ce qu’il repère rationnellement comme étant la cause évènementielle de sa frustration, peut tourner dans son mental comme une obsession qui renforce en lui le sentiment réactionnel de se sentir prisonnier de quelque chose qu’il ressent être une injustice. À partir de là, l’ego peut se donner raison de penser ce qu’il pense et de ressentir ce qu’il ressent en nourrissant, à travers son vécu de victimisation, un feu qu’il dirigera contre lui ou encore contre l’autre dans un mouvement défouloir face à une énergie qui l’envahit et qu’il ne parvient pas à contenir. Dans cette mécanique psychologique, l’ego prend pour acquis que la forme événementielle qu’il vit avec ses protagonistes et son contexte est l’unique dimension à partir de laquelle il peut comprendre ce qui lui arrive. Dans cette perspective, l’ego analyse, rationalise et tire des conclusions sur la forme qu’il traverse et qui le fait souffrir afin de justifier sa souffrance et de lui trouver une cause pour diffracter l’énergie de feu qui monte en lui. Ce recours à la forme événementielle pour trouver une cause à sa souffrance détourne littéralement l’ego des fondements réels de sa souffrance, car il ne voit pas que les formes événementielles se multiplient et se succèdent dans sa vie sous des facettes variées pour lui faire revivre encore et toujours la même couleur émotive qu’il ressent lorsqu’il vit la frustration. Il ne voit pas que sa frustration est déclenchée par la forme afin qu’il touche enfin aux insécurités de fond qui la produisent. Insécurités liées à la peur de ne pas y arriver, de se faire flouer, d’être dépossédé, d’être esseulé,.. c’est-à-dire tout le chapelet de ce qui dans ses corps vibre à une peur quelconque. Face à ces insécurités, l’ego ne sait pas quoi faire d’autre que de répéter ce que les conditionnements éducatifs, culturels et sociaux ont imprimé dans ses corps, à savoir, trouver un coupable. Cette logique psychologique enchaîne l’ego à une condition d’être toujours assujettit à une violence qu’il s’inflige ou qu’il inflige à l’autre. Cette logique le dénature totalement. Pour en sortir, l’ego peut commencer à analyser la forme qu’il vit, non pas pour la rationaliser et l’interpréter psychologiquement à partir d’une grille de lecture victimaire, mais pour en saisir l’occulte. C’est-à-dire pour comprendre, dans une nouvelle clarté systémique, ce que son esprit orchestre dans sa vie pour lui faire toucher à un principe d’expansion de conscience qui consiste, à terme, à renverser psychiquement toutes les énergies mentales qui par leur couleur et leur inertie viennent lui faire croire qu’il serait impuissant. Quand l’ego se saisit de cette possibilité, il se libère des charges qui lui font vivre la frustration et la violence qu’elle produit, car cette violence, qui est le feu de la colère, est précisément utilisée pour brûler sur les plans invisibles tout ce qui le limite dans sa conscience. En utilisant de la sorte ce feu en lui, l’ego sort des logiques involutives d’une humanité piégée dans le cercle des souffrances et des dominations qu’elles engendrent sans fin.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

Laisser un commentaire