Lorsque l’ego est pris dans les intenses souffrances de se sentir abandonné ou rejeté dans les formes relationnelles qui lui sont présentées, il rejoue d’autres souffrances inscrites à même son corps physique. Ces dernières sont le terreau à partir duquel il s’est construit une identité dont il connaît l’imperfection et à partir de laquelle il se manifeste dans ce monde. Cette manifestation imparfaite de lui-même lui est renvoyée au visage à chaque fois qu’il vit un évènement faisant vibrer en lui cette imperfection qu’il sent en lui sans en connaître l’origine. La blessure que l’ego ressent dans ces circonstances se double d’une incompréhension de vivre une si grande souffrance alors même que ses aspirations tendent à toucher un état de complétude qu’il ne semble jamais pouvoir maintenir dans le temps. Il passe son temps à flirter ou à basculer dans des souffrances abyssales dont il ignore les fondements. Cet état de déphasement rend l’ego sans ressource parce que la souffrance immense qu’il ressent le met face à un point aveugle de lui-même. L’ego ne comprend pas la part de lui-même qui souffre autant. Il en est coupé et recherche des raisons à sa souffrance en utilisant les formes comme réflecteur de sa propre impuissance à sonder le fond de son être. Il ignore que c’est précisément la perfection en lui qui est atteinte par le vécu d’imperfection que lui font vivre les formes de son existence. L’ignorant, il rationalise son imperfection en se repliant sur lui-même ou en déversant sa colère d’être si mal à l’endroit de celles ou ceux qu’il croit être à l’origine de son malaise. Ce faisant, il creuse plus profondément le puit de son insatisfaction d’être ce qu’il est. Il alimente l’impuissance acquise produite par tous les paramètres aberrants de l’existence qui viennent cogner à sa porte dans un martèlement continu. Quand l’ego s’arrache progressivement de cette croyance d’être imparfait et qu’il comprend que sa souffrance originelle est la traduction de la mémoire solaire en lui lui rappelant combien la chute sur les plans des lois de la matière est venue fracasser son unité, il entre dans les profondeurs de sa déchirure d’une manière totalement neuve. Il ne la considère plus comme un abysse sans fond dont il ne connaît pas la nature. Il sait qu’elle rejoue en lui la mémoire des bris de sa propre lumière de laquelle tant de rayons ont été arrachés pour faire l’expérience de la matière. Il réalise par sa conscience et dans son corps la traversée de ce mémoriel absolument traumatique qui l’a coupé de sa perfection. Il restaure en lui les rayons qui lui ont été arrachés et s’approche de sa conscience solaire pour faire descendre la perfection dans la matière. Ce faisant, il établit de nouveaux paramètres d’existence qui font de lui un être nouveau capable d’incarner son idéal de perfection.
Sandrine Vieillard