276 L’illusion du libre arbitre de l’ego

L’égo doit savoir que l’énergie de l’esprit tente sa traversée dans ses corps par l’utilisation des formes événementielles qu’il expérimente. Cela signifie que tout ce que vit l’ego dans la matière de son incarnation terrestre est orchestré par son esprit à des fins d’expérimentation et d’évolution. Absolument tout. Cette notion peut être particulièrement difficile à concevoir et à accepter par l’ego car toute sa vie durant, il s’est construit un sentiment de lui-même avec la croyance, qui n’a jamais été envisagée comme pouvant être une croyance, que les pensées et les impressions qui le traversaient venaient de lui. Cette conception que l’individu a de l’activité de son mental est solidement chevillée à l’ego qui ne possède que ce référentiel pour se sentir exister dans un monde qu’il ne connaît qu’à travers le prisme avec lequel il utilise ce qui lui arrive dans la tête et le corps pour se réfléchir. Quitter l’illusion du libre arbitre équivaut pour l’ego à basculer dans une expérience très douloureuse de se voir arraché à ce qu’il a toujours cru être, c’est-à-dire « ses » pensées, « ses » conceptions, « ses » systèmes de valeur, « son » émotivité, « ses » impressions… Cette douleur de s’arracher à tout ce qui constitue son rapport conscient à lui-même et au monde peut être tellement intense que l’ego préfère alors s’accrocher à cette illusion. Son attachement à l’illusion du libre arbitre est existentiel, c’est-à-dire qu’elle lui apparaît comme étant l’assise de son existence. Elle ne s’interroge pas. Elle constitue le fondement du rapport que l’ego entretient à la vie. Sentir en lui un décollement de cette illusion équivaut pour l’ego à faire l’expérience d’une sorte d’agonie psychique qui pourrait être assimilée à la mort d’un ego accroché à une fausse identité de lui-même. Cette mort peut être décrite comme une expérience du vide qui s’apparente à un effondrement intérieur suffisamment puissant pour que l’ego se voit privé de tous ses repères habituels qui lui ont jusque là servit de référentiel pour interpréter ce qu’il vivait. Pourtant, ce que l’ego a toujours cru être au travers de sa réflexion est un recyclage permanent de l’accumulation de la mémoire de l’humanité involutive en lui. Cette mémoire l’enferme dans les mêmes circuits psychiques et comportementaux qui alimentent son sentiment de lui-même. Sentiment qu’il expérimente pourtant comme étant systématiquement emprunt d’une part d’impuissance et de petitesse face à la vie. Bien que ce sentiment de lui-même le limite, l’ego ne connaît que lui. Ne connaissant que lui, et n’envisageant pas la possibilité que sa conscience puisse être beaucoup plus vaste que le périmètre de ce sentiment, l’ego y puise sa sécurité affective du fait même qu’il se sente limité dans sa liberté intérieure. L’ego est face à un paradoxe sans le savoir, bien qu’il en ressente un malaise intérieur : il se sent limité dans sa conscience, il en ressent une insécurité diffuse et se tourne alors vers le seul cadre qu’il connaisse, à savoir le sentiment qu’il a de lui-même. La boucle est bouclée. L’ego pourra se trouver les meilleurs arguments rationnels pour justifier les raisons pour lesquelles il préfère sa prison psychologique à sa liberté psychique. Ce faisant, il ne peut pas intégrer instantanément qu’il n’a pas de libre arbitre. Tout en lui s’oppose à cette possibilité. De ce fait, la vie de l’ego suit un déroulé dont les formes événementielles et relationnelles sont ajustées au millimètre par son esprit pour servir son dessin qui est d’épurer graduellement le corps émotionnel et la rationalité de son mental inférieur qui le soutient. Ceci afin d’éroder progressivement son illusion. À cette fin, l’énergie de l’esprit tente sa traversée dans les corps de l’ego en le confrontant à des évènements qui s’opposent à la manière dont il entend que les choses se déroulent. L’énergie de l’esprit choque l’ego. De cette manière, elle lui fait vivre des états émotifs qui ont toujours été les barrières psychiques auxquelles il s’est toujours confronté. Au fur et à mesure de ces confrontations, et selon la programmation de sa psyché, l’ego finit par voir clair dans le jeu de ces oppositions. Il comprend qu’il doit les utiliser comme des leviers pour aller puiser dans les oppositions l’énergie polarisée qu’elles réveillent dans ses corps afin de les absorber et d’en faire une énergie propre qui rétablit en lui un rapport d’égal à égal avec ce qui s’est toujours placé devant lui comme étant un obstacle. Lorsque l’ego comprend le jeu, il s’avance vers une conscience où l’illusion qu’il entretenait vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis de la vie se transforme en un savoir que tout ce que ses sens ne saisissent pas directement constitue une dimension à partir de laquelle toute sa vie matérielle est régentée. Plus son savoir grandit, plus l’ego entre dans sa volonté et prend assise sur ce plan pour établir un rapport d’égal à égal avec ce qui le faisait se sentir réduit. Il commence alors à changer tous les paramètres de son rapport au monde.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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