Certains egos peuvent traverser dans leur solitude de tels envahissements de leur psyché et de leur corps par la remontée de souffrances en eux, que cette pression qui s’opère peut produire un affaiblissement croissant de leur force psychique. Ce jeu d’exploitation extrême de leur souffrance à des fins d’affaiblissement de leur volonté est une manière de les pousser au bout d’eux-mêmes afin qu’ils trouvent en eux les ressources de clairvoyance et de persévérance pour arrêter le brouillage continu que ces forces veulent imposer sur leur mental. La lutte est ardue. Chaque ego doit toutefois savoir que la puissance avec laquelle cette poussée s’exerce sur lui est à la mesure de sa propre capacité à faire voler en éclat l’inertie des mémoires souffrantes qui l’envahissent à travers des pensées, des sentiments et des impressions qui viennent littéralement le harceler, comme une tentative d’assiègement de son territoire mental et corporel. La forte mise en tension interne que l’ego conscient de lui-même vit dans ces moments là est une mise au travail de ses corps subtils pour leur ajustement toujours plus fin afin d’éradiquer progressivement la totalité du mémoriel cristallisé en eux. Cette souffrance qui ne lâche pas est une souffrance vibratoire que l’ego en évolution reconnaît par sa sensibilité toujours plus fine vis-à-vis de ce qui, à travers l’évènementiel, vient le stimuler. Cette sensibilité croissante de l’ego fonctionne comme une sonde qui devient réceptive au moindre mouvement de la vie qui ne serait pas réel, le confrontant alors à des tensions internes qu’il doit utiliser comme levier d’expansion, c’est-à-dire comme moyen continu de déjouer en lui les effets polarisés de la forme dans le but conscient de s’inscrire dans un mouvement de décristallisation du mémoriel involutif de l’humanité en lui. Ce travail de décoffrage est difficile parce qu’il met l’ego en tension et peut ne pas le lâcher durant des heures voire des jours. Avec le temps, l’ego apprend à repérer ce phénomène de mise en tension pour l’envisager comme un processus de transmutation et ainsi ne pas tomber dans une panique interne qui obèrerait chez lui toute possibilité de faire une gestion intelligente de ce qui se joue dans ses corps. Ce positionnement par rapport aux tensions qu’il traverse permet à l’ego de sortir de sa subjectivité souffrante et potentiellement victimaire afin de ne pas se laisser désarçonner. Il continue ainsi à actualiser un principe de volonté à partir duquel il statue sur les plans qu’il ne se laissera pas engloutir par ce qui tente de l’avaler car, à ce stade de son évolution, il ne peut pas faire marche arrière. Il ne peut qu’aller de l’avant et poursuivre le processus d’extirpation des affres encore agissantes de son corps astral.
Sandrine Vieillard