Quand l’ego a trop mal psychiquement face à autrui et que l’intense souffrance qu’il ressent en lui le place face à une limite de lui-même qui lui est insupportable, il n’a pas d’autre choix que de faire exploser en lui l’énergie qui tente de s’infiltrer dans ses corps. Cette explosion équivaut à diffracter la lumière qui pénètre en lui par une réaction psychologique de défense ou de domination dont le schéma vibratoire, solidement ancré dans ses corps, appartient au mémoriel involutif de l’humanité. Quand l’ego a trop mal psychiquement, et qu’il sent cette limite en lui dont le franchissement pourrait le faire lui-même éclater, il fait l’expérience d’être à la limite de revivre un morcellement total qui le happe dans une impression effroyable d’atteindre un tel degré de vulnérabilité qu’il ne sait pas lui-même s’il pourrait s’en relever. Lorsque cette souffrance est vécue face à autrui, l’effroi de l’ego se démultiplie parce que du plus loin que se souviennent ses corps, il n’a jamais pu, dans le monde de division qui a structuré l’existence humaine, être réellement reçu dans l’immensité de cette vulnérabilité sans qu’à un moment ou à un autre l’insensibilité, l’incompréhension ou l’ignorance de l’inconscience vienne imprimer son sceau sur son expérience. Ces expériences traumatiques du passé, que l’on peut qualifier d’anti-Homme, agissent sur l’ego comme un interdit actif de se laisser aller et de se laisser être vu dans la destruction pure et simple de tous les remparts égotiques qui lui ont servi de piliers pour survivre dans ce monde de division. Ces expériences traumatiques rejaillissent chaque fois que l’ego a trop mal et elles viennent potentiellement le bloquer dans son propre dévoilement. C’est-à-dire dans la possibilité de toucher, à travers l’expérience de son absolue vulnérabilité face à tout l’arsenal défensif érigé dans ses corps, à une innocence parfaite d’être au monde sans devoir se défendre de rien puisqu’il n’y a rien qui puisse venir atteindre la pureté d’une expérience qui ne se sent plus menacée. Parvenir à cet état de se vivre vulnérable et plein de la conscience que cette vulnérabilité est l’ultime façon de toucher à la quintessence de sa nature réelle, devient pour l’ego la mesure de sa capacité à franchir le seuil de toutes les peurs qui l’ont maintenu dans le pré-carré de ses réactions psychologiques dont la fonction a été de le tenir éloigné de lui-même et d’autrui. Lorsque l’ego entre dans sa vulnérabilité, il explose toutes les barrières qui le sépare de l’autre. Il sent en lui se répandre une énergie qui est le sang neuf d’une humanité redevenue humaine. Il fait fondre son insécurité première d’être au monde dont les soubresauts ont servi de levain à toutes les résistances et les manifestations d’orgueil de l’ego. Il rejoint une vibration universelle qui le relie à tous les êtres. Il n’a plus peur de lui-même ni d’autrui. Il entre dans le rayon du principe de l’amour universel.
Sandrine Vieillard