267 Quand l’égo se sent responsable d’un autre égo

Lorsque l’ego vit son rapport à autrui de telle façon à ce qu’il se sent toujours à certains endroits responsable de l’autre, il supporte une charge karmique importante qui le place dans une position où, sans le savoir, il se met au centre de tout ce qui arrive et réagit alors intimement comme s’il avait la responsabilité de ce qui va bien comme de ce qui va mal dans son rapport à l’autre. L’ego en supporte la charge parce qu’il se sent responsable. Il ne parvient pas à s’économiser le mouvement de croire qu’il est au cœur de ce qui se joue. Cette difficulté marque chez l’ego l’emprunte encore présente de l’illusion du libre arbitre. Cette illusion le place dans une intranquilité de fond et nourrit ses craintes d’être potentiellement reconnu comme coupable de ce qui n’aurait pas été convenable ou encore de ce qui n’aurait pas été à la mesure de ce qui était attendu. Cette charge très lourde que l’ego endosse de se sentir responsable de tout ce qui se passe lui prend beaucoup d’énergie et vient peser sur la relation qu’il entretient avec autrui. Son vécu de responsabilité diffus le piège dans la croyance que c’est lui qui détient la maitrise des évènements, maîtrise qu’il croit devoir préserver afin d’assurer sa propre sécurité de ne pas se sentir à un moment donné ou à un autre désigné comme coupable de ce qui se serait joué avec l’autre. Cette charge karmique est très puissante et peut tromper l’ego pendant de longues années car la légitimité que l’ego se donne dans sa vie relationnelle repose sur ce réflexe maladif d’endosser la responsabilité de la relation dans la façon dont elle est vécue. Cette charge est une prison insidieuse très subtile car la fausse responsabilité que l’ego se donne structure son rapport à autrui et structure surtout la manière dont il se vit lui-même face à l’autre, à savoir ici dans l’obligation d’assurer une maîtrise suffisante qui lui permette de penser qu’il ne serait pas déficient d’une quelconque manière que ce soit. Car se sentir déficient pourrait équivaloir à se sentir dévalué et rejeté par l’autre pour, au final, souffrir intensément de ce vécu de rejet. Une telle charge empêche littéralement l’égo de toucher à sa vulnérabilité car il ne peut envisager pouvoir lâcher cette responsabilité qui est le support de son système interne de sécurisation. Un tel égo est amené à comprendre que la responsabilité qui lui incombe n’est pas de s’accrocher à une maîtrise illusoire des évènements, mais plutôt de prendre la mesure et de reconnaître le degré avec lequel son esprit orchestre absolument tous les évènements de son existence, notamment pour le placer continuellement dans des interactions où l’enjeu de se sentir responsable se rejouera encore et encore jusqu’à ce que l’ego comprenne l’occulte derrière la forme. Plutôt que de se retourner sur lui-même pour réfléchir ce qu’il vit dans sa relation, l’ego apprend à voir au delà des formes évènementielles dont il croit être responsable. Il apprend à voir au delà de son nombril, Il se décolle de lui-même. Il cesse de se réfléchir dans l’évaluation constante de ce qu’il aurait fait de bien ou de mal. Il cesse de vouloir maitriser sa vie relationnelle selon des schémas polarisés déjà connus qui ne lui permettent jamais de goûter à la légèreté d’être vu pour ce qu’il est sans se croire dans l’obligation d’être parfait. Car l’ego n’a pas à être parfait lorsqu’il comprend que sa volonté d’être parfait est le revers de sa crainte absolue de l’abandon. Le mouvement qui consiste pour l’égo à lâcher la bride illusoire de la maîtrise des évènements relationnels est difficile car en lâchant, il se retrouve possiblement dans un espace d’inutilité et de vide, sans validation de ce qu’il est… comme s’il ne bénéficiait plus de référentiel relationnel extérieur pour juger de qui il est et pour valider son besoin de se montrer parfait et d’être aimé, à tout prix. En cessant de se croire responsable de l’autre dans sa vie relationnelle, l’ego quitte alors ses schémas névrotiques de maîtrise et touche à la liberté totale de se réinventer pour créer du nouveau et de l’inattendu dans une confiance de lui-même qui se construit sur une meilleure compréhension de la vie et des lois occultes qui la gouvernent. Ce faisant, l’ego se donne une assise identitaire face à son esprit qui devient son premier interlocuteur pour gérer les évènements de sa vie. L’ego ne craint plus d’être déficient face à l’autre. Il utilise les évènements que lui présente son esprit pour construire sa puissance intérieure et créer les conditions d’une relation équilibrée et harmonieuse avec autrui.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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