Parmi les vagues de malaise intime profond dont l’ego fait l’expérience, il peut vivre une lourdeur intérieure tenace qui lui colle à la peau et s’insinue dans tout l’intérieur de son corps physique, comme une vibration fine et continue de fragmentation intérieure qui, s’il y regarde de plus près, ressemble à un vécu extrêmement fin de morcellement. Cet état d’inconfort intense peut être activé par des évènements extérieurs, par des pensées ou encore surgir sans raison identifiable. Dans tous les cas, l’ego se sent envahi par un malaise qui vient le pénétrer au plus profond de son corps. Cela peut ressembler à un tremblement de terre intérieur, un envahissement ou encore un poids extrêmement lourd qui s’impose en lui, lorsqu’il ne s’agit pas des trois impressions combinées. Ce type de vécu, qui tend à s’intensifier durant cette période de descente de lumière, confronte l’ego à une inquiétude instantanée de vivre un tel inconfort intérieur sans en comprendre les tenants ni les aboutissants. Lorsque ce malaise apparaît sans raison, l’ego se sent rattrapé par un vécu qu’il ne parvient pas à expliquer et qui le laisse exsangue, venant potentiellement redoubler son inquiétude de toucher un morcellement intérieur sans avoir aucune prise sur ce qui vient le coloniser. Lorsque ce malaise est associé à un événement, l’ego enclenche immédiatement en lui un réflexe d’interprétation psychologique de la forme expérientielle pour rationaliser son état et tenter d’en trouver la cause en se blâmant, en blâmant autrui ou encore en se sentant victime de la vie. Dans tous les cas, l’ego vit un trouble intérieur excessivement désagréable qui l’alerte intérieurement et lui donne l’impulsion de s’en défaire au plus vite car il est face à un mystère, celui de sentir des abîmes en lui qui le terrifient et lui font sentir une fragilité et une impuissance qui pourraient ressembler à une menace de mort c’est-à-dire une menace d’engloutissement de son intégrité de conscience. Ces abîmes, que chaque égo connaît à un degré ou à un autre en fonction de sa programmation, doivent être comprises pour cesser d’être vécues comme une condamnation qui sape l’égo dans son rapport à la vie et qui l’empêche d’en faire une bonne gestion. C’est-à-dire qui le conduisent à s’identifier absolument à ce vécu de morcellement intérieur pour en porter la charge comme une responsabilité qui incomberait à l’ego et dont il ne pourrait se défaire. Ces abîmes en lui doivent être comprises comme la résurgence périodique d’un mémoriel traumatique dans ses corps. Elles doivent être comprises comme un mouvement régulier d’expurgation par le corps lui-même des bris psychiques et des traumatismes corporels endurés dans les vies passées qui ont servi toute la période involutive de l’histoire de l’humanité. En comprenant cela, l’ego peut cesser de porter la charge psychique de se sentir responsable de ressentir ce qu’il ressent. Il peut commencer à ouvrir les fenêtres et à faire circuler l’air en lui pour, plutôt que de subir l’inquiétude et l’inertie du marasme en lui, accompagner le processus de résurgence du mémoriel dans ses corps. Le malaise intime profond dont il fait l’expérience n’est alors plus vécu comme une fatalité qui sonne sa condamnation mais comme la possibilité de soutenir ses corps dans la traversée de ce qui constitue une déchirure intérieure. L’ego change ici totalement son positionnement. Plutôt que de subir la douleur de l’existence qui s’est cristallisée en lui, il devient la mère universelle de sa souffrance. Il devient le catalyseur de sa propre régénération. Il cesse de faire une lecture sacrificielle de son existence pour commencer à s’habiter totalement dans sa vie.
Sandrine Vieillard