Dans son cheminement, l’égo peut être amené à être exposé à des formes d’expression de l’intelligence de l’esprit par le truchement d’autres individus dont une des caractéristiques est de manifester une telle irréductibilité dans ce qui est énoncé que cela peut imprimer en l’ego un sentiment de subir une influence qui aurait préséance sur sa propre sensibilité. Cette préséance peut alors lui donner l’impression d’être face à une intelligence implacable qui le place en porte à faux vi-à-vis de lui-même, amplifiant potentiellement un peu plus une forme d’incertitude vis-à-vis de ce qui est réel en lui. Cette implacabilité de l’intelligence froide de l’esprit qui peut s’exercer comme une domination par son mouvement visant à identifier et à énoncer les ressorts involutifs des conditionnements opérants sur des égos n’ayant pas encore totalement construit leur définition identitaire, peut faire surgir de manière radicale et en même temps très subtile une forme de condamnation de la légitimité de l’ego qui se voit placé devant la manifestation de cette intelligence implacable. Cela peut être vécu par l’ego comme une force ayant la volonté de le cantonner à une place hiérarchiquement inférieure vis-à-vis de ce qui est dit. Cette forme de domination de l’intelligence de l’esprit sur l’ego prend différents atours allant de l’autorité glacée à la suprématie fascinante, dépossédant l’égo de sa propre souverainement sensible qui est le seul gage de clairvoyance vis-à-vis de ce qui émane de son environnement. La manifestation d’une telle intelligence qui cherche à avoir préséance sur l’ego est l’expression d’un plafonnement des esprits du plan surmental qui, au fond, haïssent, dans le sens d’en souffrir, leur propre condition du fait de ne pas goûter à la quintessence de la conscience atomique de l’égo, voie de passage vers un cosmos absolu duquel ils demeurent coupés parce qu’assujettis au temps et à l’espace de leur plan d’existence. Cantonnés à leur plan, les esprits ont longtemps joui d’une position hiérarchique à partir de laquelle ils se sont donnés le pouvoir de régir les formes de l’existence planétaire des égos. Cette position de plein pouvoir est devenue avec le temps une loi constitutive qu’ils ont marqué dans le marbre des psychés encore immatures pour établir une domination sur les égos. Domination qui à terme doit être complètement renversée. Dit autrement, le caractère irréductible de l’intelligence de l’esprit ne peut rien à l’échelle de l’humanité si l’esprit n’est pas éduqué par l’ego en mesure de toucher au plus profond de sa sensibilité pour aller chercher le grain fin de l’universalité de l’être humain en lui. Ceci afin de construire de nouvelles prémisses de vie où rien dans ce qui sera manifesté par l’individu ne pourra servir à créer une séparation entre les êtres. Aucune division fondée sur une quelconque domination ne sera possible parce qu’un savoir commun, infusé dans la totalité des corps des égos, vibrera l’universalité de leur incarnation. Universalité qui rappelle que la propre infinité de l’égo n’est pas étrangère à l’autre puisque l’infinité de l’autre renvoie à ce qui fonde l’égo dans son intégralité.
Sandrine Vieillard