Le regard que l’égo porte sur lui-même, quelle qu’en soit sa tonalité, est un mouvement de réflexion qui s’apparente, au plan de son énergie, à un bris de son unité en rayons multiples, c’est-à-dire à une diffraction de sa lumière. Le mouvement de réflexion de l’égo sur lui-même est une mécanique continuelle de diffraction de son intégrité qui débouche sur une évaluation polarisée de la manière dont il se vit et de la façon dont il apparaît au monde. Le regard que l’égo porte sur lui-même est le phénomène le plus piégeant et le plus pervers qu’il puisse expérimenter dans sa vie car l’égo croit que ce regard est sa conscience. Ce faisant, il lui attribue une valeur de vérité et en fait un cadre de références à partir duquel il bâtit son identité en rapport avec ce qu’il ressent quand il est face à lui-même et avec ce qu’il ressent quand il est face à autrui. L’ego va jusqu’à croire que le regard qu’il porte sur lui-même EST lui-même. Il s’identifie alors à tous les sentiments, les impressions, et les jugements qui s’établissent dans sa tête pour le qualifier dans un processus de valorisation ou du dévaluation qui varie selon les circonstances. Cette identification scelle la prison de l’égo qui croit alors aux pensées qui lui traversent la tête et qui reviennent de manière récurrente, dépendamment de la configuration de sa programmation d’âme, pour alimenter toujours le même regard qu’il porte sur lui-même. Pour certains égos, ce regard équivaut à ne pas se sentir assez bon, pour d’autres c’est de n’en avoir jamais assez fait, pour d’autres encore c’est de se sentir inutile… Quelle qu’en soit l’expression singulière, le regard que l’égo a sur lui-même porte toujours quelque part en lui le germe d’un sentiment qui fait sentir à l’égo qu’il est fondamentalement illégitime ou impuissant, voire les deux. Tant que l’égo croit ce sentiment diffus en lui qui instille, dans l’énergie qu’il génère, un rapport au monde tel que ses actions viennent nourrir ce sentiment, alors il cristallise en lui la valeur de ce sentiment et les souffrances qui vont avec. L’égo peut croire ce sentiment diffus en lui aussi longtemps qu’il demeure dans l’ignorance que les pensées qui viennent créer et colorer ainsi le mouvement réflexif qu’il a de lui-même sont la manifestation d’un parasitage psychique qui le maintient dans le périmètre de son rapport expérientiel à la vie. Pour sortir de cette diffraction continuelle que constitue l’acte de croire au regard que l’égo porte sur lui-même, il s’agit pour l’égo de confronter ce regard pour cesser de s’identifier à lui. Ce faisant, l’égo comprendra en définitive que ce regard constituait une voile épais sous lequel il se débattait intimement sans savoir comment réhabiliter en lui une expérience de lui-même qui soit intégrale, c’est-à-dire qui ne soit plus entachée d’une manière ou d’une autre par des impressions créant en lui les doutes, les interrogations et les inhibitions qui l’ont jusqu’alors fait se sentir petit face à la vie dans un ou plusieurs registres de son existence.
Sandrine Vieillard