243 Le mouvement irrépressible de l’égo de se comparer

L’égo se compare en permanence parce qu’il ne sait pas qui il est. Il instaure mécaniquement, sans nécessairement s’en rendre compte, un système de comparaison des valeurs en présence pour vérifier que ce à quoi il s’identifie est bien valide. Cette vérification qui s’effectue continuellement en lui vise à calmer son incertitude et ses doutes vis-à-vis de lui-même et constitue au fil des années un système de cohérence interne qu’il tente d’établir sur la base de principes qu’il emprunte à ce qui préexiste en dehors de lui. La recherche de cohérence interne qui s’actualise continuellement en l’égo alors qu’il ne sait pas qui il est fondamentalement, l’oblige à se sécuriser constamment en élaborant des rationalisations multiples qui lui permettent, par un jeu de dialogue interne parfois contradictoire, parfois convergent, selon le contexte et le moment, de toujours parvenir à se donner raison. L’ego se donne raison intérieurement parce qu’il en a besoin. Il en va de son équilibre psychologique. Sans l’indulgence qu’il se construit dans l’aplanissement des contradictions qu’il se fabrique dans son rapport subjectif à la vie qui correspond à la valeur qu’il donne à ce qu’il croit vrai ou faux à un moment puis à un autre, l’égo vivrait une dissonance telle qu’il ne supporterait pas l’aberration objective des contradictions dont son mental est capable. Si son mental est capable de telles aberrations, c’est parce qu’il est bombardé de pensées multiples et opposées qui n’appartiennent pas à l’égo mais auxquelles ce dernier s’identifie néanmoins. L’ego est donc soumis à une accumulation de pensées qui colorent son intériorité et nourrissent une instabilité de fond qui ne lui permet jamais de se savoir intégralement parce que le jeu même de ces pensées et de ces impressions créent les conditions pour qu’il soit constamment rattrapé par le doute ou l’interrogation vis-à-vis de lui même, d’autrui ou encore de ce qu’il vit. Ce état d’instabilité continue renforce alors chez l’égo ce mouvement de se comparer à tout ce qui lui vient de l’extérieur, subissant ainsi multiples influences, qui par l’énergie qu’il y consacre, le détourne de son centre. L’égo qui n’a jamais été instruit sur la provenance des pensées qui l’assaillent, n’a pas connu autre chose que cette éducation de la comparaison systématique, qui par le jeu de l’insécurité qu’elle entretient chez lui l’oblige à exploiter la comparaison pour s’assurer une position psychologique dans le monde. L’ego vit par conséquent dans une logique intérieure d’évaluation continue qui l’oblige à se donner un référentiel de comparaison pour être en mesure de trouver cette position que les cadres opérants de son environnement lui imposent. Cette imposition sur l’égo est une emprise puissante dont il peut avoir beaucoup de mal à se sortir tellement l’ultra rationalisation des paroles, des comportements et des actions le met en demeure de toujours devoir se justifier lui-même sur la base de ces mêmes rationalisations. Cette imposition sur l’égo est ce que l’on appelle un égrégore. Un égrégore relationnel, familial, social, culturel, professionnel, communautaire, idéologique,… qui, quel que soit le registre de la vie de l’égo, se présente à lui comme un mode d’influence très puissant qui pèse sur lui et sur la liberté qu’il peut se donner de sortir des systèmes de valeurs qui viennent sécuriser ce qu’il a connu depuis toujours mais qui l’enferment dans un périmètre de lui même circonscrit aux croyances et à la valeur qu’il donne à un système de références venu de l’extérieur. Pour s’extraire de cet égrégore et cesser de se définir uniquement par le moyen de ce qui lui a été imposé par l’ensemble des conditionnements de sa société humaine, l’ego doit dénoncer en lui et brûler par sa volonté toutes les couleurs émotives qui viennent lui faire croire qu’il ne serait pas suffisamment ceci ou cela vis-à-vis de ce qui à toujours fait autorité sur lui comme par exemple les relations affectives empruntent de mouvement de domination par le vampirisme ou la fuite perpétuelle, ou encore l’inféodation à une forme de loyauté à une croyance à l’égard d’un être, d’un groupe, d’un mouvement ou d’une institution qui dépossède l’égo de ce qui est réel en lui. En faisant le ménage de ce qui pèse sur lui, l’égo commence alors à s’arracher progressivement aux systèmes de valeurs qu’il utilisait lui-même pour participer à la circulation de l’énergie astrale qui le confortait dans sa fausse identité. En amorçant ce mouvement, l’égo récupère l’énergie perdue dans l’exploitation continue de ses faiblesses psychologiques en lien notamment avec la culpabilité. Par ce mouvement de libération, il réhabilite en lui un socle intérieur à partir duquel il peut construire sa définition identitaire dans le respect de son intégrité. Parvenu à ce stade, l’égo cesse alors de ressentir le besoin de se comparer pour se positionner dans la vie car il commence à toucher à son énergie propre qui est la quintessence de son unicité.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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