Si l’égo examine ce qui se passe en lui lorsqu’il est contraint de supporter le temps, c’est-à-dire lorsqu’il est contraint d’en éprouver la totalité sans pouvoir s’engager dans une série d’activités qui lui permet de meubler un espace temporel vécu comme étant un paramètre obligé mais parfaitement incompris de sa condition planétaire, il verra que ce qu’il ressent ressemble à une tension intérieure qui révèle une souffrance fondamentale. Cette souffrance par rapport au temps, qui peut se traduire chez l’ego par l’impression de s’ennuyer, de perdre son temps, ou d’être maintenu dans une sorte d’inertie malaisante, est le négatif (au sens photographique) de son réflexe d’habiter la trame linéaire du temps par une succession de projections mentales d’actions à accomplir qu’il bâtit pour meubler ce qu’il envisage comme devant être rempli. Dans cette mécanique régie par le corps de désirs de l’ego, le temps est rempli par une projection continuelle vers l’avenir. Cette projection étant elle-même la résultante de la transposition en avant du mémoriel de l’égo, l’avenir se dessine alors sous l’égide d’un principe de sécurisation de l’égo qui se maintient dans le périmètre de son rapport astral au monde. Aussi, lorsque l’égo vit un arrêt de ce conditionnement pour l’obliger à éprouver le temps, il se voit contraint de cesser de réitérer cette boucle sécurisante qu’il a établi par le moyen d’un rapport mécanique à la trame du temps qu’il vit de façon linéaire, comme un fil composé en trois sections, avec un avant, un pendant et un après. Lorsque l’égo est confronté à l’épaisseur du temps et à sa dimension absolue, il commence à toucher à un vide en lui qui ne peut plus être rempli par les projections de son corps de désirs. Dans cette situation, l’égo peut alors contacter de manière plus précise la souffrance diffuse et larvée qu’il était capable déjà de ressentir chaque fois qu’un espace de temps vacant pouvait se présenter à lui. Lorsque l’égo touche à cette souffrance, il touche à son angoisse existentielle. Il touche à cette limite radicale de ne pas savoir quoi faire dans ce temps suspendu où son égo est devenu impuissant à opérer la mécanique des projections du connu. Mécanique qui constitue pour l’égo le seul moyen de se projeter dans l’avenir et ainsi de se définir selon les paramètres de son corps de désirs régit par les lois du monde astral. Lorsque l’égo se voit privé de cette possibilité de remplir le temps selon les schémas de cette mécanique, commence alors à s’opérer en lui un processus de destruction progressive de toute la dynamique astrale qui crée de la fébrilité dans ses corps physique et éthérique au contact d’une énergie qui lui impose une immobilité. Cette tension qui peut être parfois vécue comme intolérable par l’égo est le jeu de l’opposition entre les forces astrales en lui et l’énergie de son esprit qui le force à prendre contact avec elle dans cette épreuve du temps qui l’oblige à s’endurer dans sa propre souffrance. Cette confrontation de l’égo face à la souffrance qu’il ressent vis-à-vis de l’épaisseur d’un temps qu’il commence à envisager non pas comme une sorte de linéarité de formes événementielles inscrites dans la matière mais comme la substance même de l’infinité de sa conscience, le pousse à pulvériser un plafonnement de son rapport à lui-même et à l’univers. Elle pousse l’égo à traverser sa souffrance pour entrer en contact avec sa part invisible afin de cesser, à terme, d’avoir peur de son immensité dont la résonance lointaine qui parvenait à l’atteindre lorsqu’il était encore pris dans sa mécanique involutive lui faisait vivre cette angoisse indéfinissable face au temps.
En complément, voici un audio enregistré en Février 2023: https://lereelensoit.fr/wp-content/uploads/2023/02/audio-180223-supporterletempspourserevelerasanaturecosmique.mp3
Sandrine Vieillard