241 Les méandres de la déchirure

L’ego qui traverse sa déchirure peut toucher en lui, s’il y prête attention, un goût de l’abandon qui, dans ses ressentis, s’apparente à une lourdeur intérieure couplée à une sensation plus ou moins ténue d’être intérieurement pulvérisé. Cet état de fragmentation interne que l’égo vit comme étant particulièrement désagréable, amène avec lui un autre inconfort qui est celui de ne pas savoir réellement pourquoi un tel vécu aussi profond, aussi intense et aussi souffrant, qu’il sait s’être déjà joué en lui durant sa vie, survient. Le fait d’être familier avec ce sentiment, de l’endurer intimement épisodiquement et de ne pas savoir d’où il provient place l’égo dans une intranquillité, un état d’alerte voire une panique qui saisie suffisamment ses corps pour le pousser à tout faire pour soulager ce qui pèse en lui. Ce besoin de soulager la tension couplé au fait qu’il ne comprenne pas fondamentalement la nature de ce qu’il traverse pousse l’égo à utiliser ce qu’il a à disposition pour interpréter ce qu’il ressent. Ce qu’il a à disposition, c’est la forme évènementielle qu’il traverse dans sa vie matérielle et relationnelle au moment où il vit cet inconfort, que cette forme évènementielle ait ou non été le déclencheur de son état. À partir de là, l’égo attribue à la forme qui se présente à lui une valeur psychologique fondée sur une appréciation mentale et émotive dont l’issue est de trouver une cause à sa souffrance. Dès que l’égo repère une cause dans la forme évènementielle qu’il traverse, il l’exploite irrépressiblement pour se bâtir de multiples scénarios internes qui ne sont que l’accumulation de pensées rationalisante et émotive envahissant son mental et exploitant sa sensibilité de telle sorte à ce que l’égo ne touche jamais profondément à la racine de son mal car il met toute son énergie à se perdre dans les méandres du blâme, que ce soit, de lui-même, d’autrui ou encore de la vie dans son ensemble. Perdu dans ces méandres, l’égo souffre psychologiquement de se sentir abandonné et d’avoir peur de l’être. Il croit à ces prémisses qui sont la manifestation d’un trauma premier et se sent comme condamné. Il perd alors toute son énergie à s’identifier à cet état qui lui enlève toute possibilité d’accéder, dans une conscience qui ne soit pas prisonnière de son interprétation psychologique, à la nature même de ce qui en lui appelle à être vu, à savoir l’essence vibrante d’une souffrance originelle et absolue que son âme a traversé liée à la perte de sa perfection première dans sa chute dans la matière. Si l’égo parvient à ne pas déclencher en lui un réflexe de fuite psychologique qui consiste à recourir à toute une série de pensées visant à rationaliser ce qu’il vit ou encore à se laisser happer par un mouvement émotif de victimisation qui le détourne de lui-même, il peut alors s’aventurer dans sa déchirure. Cet acte de traverser sa déchirure est un acte de dé-psychologisation radicale qui projette l’égo dans un espace inconnu, sans fin, où toute l’étendue de sa sensibilité réside. C’est par la déchirure, c’est-à-dire par la possibilité que l’égo se donne de rejouer en lui la fragmentation de son âme et la perte de son unité première, qu’il peut accéder à la totalité de sa sensibilité et manifester dans la matière cette substance infinie de lui-même qui n’est autre chose que sa nature cosmique. C’est en traversant sa déchirure, sans se disloquer dans la conscience qu’il a de sa présente incarnation, qu’il peut alors progressivement absorber l’énergie de l’amour universel en lui et s’ouvrir à lui-même comme à l’autre sans ne plus se sentir menacé dans sa sensibilité première. Dès lors, il ne se fuit plus lui-même et ne fuit plus l’autre.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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