Lorsque, dans sa sexualité, l’individu est soumis à des forces puissantes de magnétisation de son corps de désirs, il se voit réduit sans le savoir à vivre un rapport tronqué à sa sensibilité car les forces de magnétisation qui attisent la dimension animale de son corps biologique le cantonnent à une expérience où il est d’une part maintenu dans l’aveuglement de sa dimension Yin et où d’autre part il finit par ressentir la dimension extrêmement limitée de son corps matériel. Cette limitation peut le pousser à sans cesse rechercher une sensualité et une acmé orgasmique qu’il vit comme pouvant lui faire atteindre une liberté et une plénitude intérieure profonde dénuée de toute pensée et où la quintessence de ses ressentis corporels lui permet de toucher une essence de lui-même qu’il ne parvient pas à contacter en dehors de la sexualité. Celle-ci peut alors devenir pour l’individu le terrain d’une quête insatiable qui se solde, sans qu’il en prenne la mesure, par une fuite en avant sur un territoire qui regorge, dans ses multiples formes exacerbées dans nos sociétés, d’un pouvoir d’attraction auquel l’égo n’envisage pas une seconde de résister car elle lui apparaît comme le seul moyen de sortir de l’étroitesse de sa conscience planétaire pour toucher à ce qu’il sent potentiellement comme pouvant le libérer d’un poids existentiel qu’il ne comprend pas. Quand la sexualité devient une quête de liberté pour l’égo, elle devient dans le même temps un asservissement pour cet égo qui se retrouve à la longue dépossédé de la matière cosmique qu’il pressent en lui chaque fois qu’il vit l’éclatement d’un orgasme diffracté dont la brièveté le laisse, lorsqu’il y regarde de près, orphelin d’une part de lui-même. Ainsi, la valeur que donne l’égo à la sexualité le cantonne, sans qu’il s’en rende compte, à une condition expérientielle où il peut répéter les mêmes schémas sans jamais atteindre la plénitude à laquelle il aspire. La normalisation de la valeur que l’égo donne à la sexualité peut le maintenir toute sa vie dans des formes expérientielles incomplètes qu’il finira par considérer comme faisant partie du cadre étriqué de sa condition planétaire. Lorsque, dans un processus de transmutation de son corps de désirs, l’égo comprend dans sa chair que la sexualité est l’expression naturelle et parfaite de la libre circulation de son énergie pré-personnelle à travers ses corps et ceux de son partenaire pour actualiser la vastitude et la beauté de l’intégrité de deux consciences unifiées dans la matière, il peut alors accéder au principe d’harmonisation du Yin et du Yang. Ce faisant, il transforme radicalement son rapport d’assujettissement à ce qui venait le magnétiser pour lui soustraire son énergie vitale et son intelligence sensible face à la vie. Il commence à (s’)aimer.
Sandrine Vieillard