Lorsque, dans son rapport au monde, l’individu vit un mouvement interne irrépressible où il sent en lui nombre de projections qui lui viennent sous formes d’impressions colorées manifestées par des espoirs et/ou par des appréhensions, il doit savoir que ce mouvement, qu’il juge naturel parce qu’il est l’expression de la valeur qu’il donne à sa personnalité, est un mouvement qui l’enferme. Ce mouvement le piège dans un processus puissant de polarisation de ce que l’égo anticipe sur la base des strates mémorielles cristallisées dans son corps de désir. Cette polarisation attise son émotivité qui devient totalement soumise au jeu des issues favorables ou défavorables à l’action que l’égo a engagé. Issues qu’il ne maîtrise pas et qu’il met spontanément sur le compte d’un hasard heureux ou malheureux. Ce rapport d’assujettissement de l’égo vis-à-vis des résultats de son action le maintient dans la condition de ne pas savoir parce qu’il ne connaît pas l’avenir. Ne sachant pas l’avenir, l’égo nourrit une crainte permanente vis-à-vis de ce qui l’attend, prenant à son compte la charge des conséquences heureuses ou malheureuses de ce qu’il a entrepris. De cette manière, l’égo ne peut stopper ce mouvement irrépressible et auto centré de sécurisation de s’attendre à… en formant mille scénarios qui viennent occuper le mental et activer la masse des émotions auxquelles les corps physique et éthérique de l’individu vibrent. Cette mécanique circulaire opérant dans le mental inférieur de l’individu le maintient dans le doute et l’incertitude et l’empêche alors de manifester une action qui soit l’émanation d’une conscience intégrale. Cet empêchement continu le soumet à une condition existentielle et à une impression de lui-même qui le réduit et le réduit encore jusqu’à ce que l’accumulation des expériences polarisées l’accule à un état de souffrance tel qu’un besoin impérieux de libération et d’expansion commence à toucher sa conscience. Dès cet instant, l’individu peut commencer à réviser son rapport à la forme événementielle et à envisager que la compréhension égo centrée, c’est-à-dire limitée, qu’il a du monde ne lui permet pas de briser cette prison intérieure qu’il ressent lorsqu’il croit que le fruit heureux ou malheureux de ses actions vient le qualifier et le déterminer dans la valeur qu’il se donne dans la vie. Lorsqu’il commence à constater que cette lecture de la vie est biaisée parce qu’elle est inféodée par son insécurité et les soubresauts émotifs qui s’en suivent pour ne jamais lui conférer aucune stabilité ni aucune paix intérieure, il peut graduellement aller au-delà d’un rapport circonscrit à la valeur de sa personnalité pour faire voler en éclat ses croyances et tous les systèmes de valeur qui viennent le sécuriser à défaut de savoir qui il est réellement. Dès l’instant où l’égo comprend que son mouvement de s’attendre à… est un éternel recommencement de la manifestation de ses craintes vis-à-vis de l’avenir, il peut briser ce cercle vicieux en s’attaquant en premier lieu aux couches innombrables de craintes qui polluent sa psyché et qui constituent, la plupart du temps, les ressorts mensongers des actions qu’il entreprend. En renversant une à une ces craintes qui le maintiennent dans un rapport circulaire à la vie, l’égo se donne alors progressivement l’espace psychique nécessaire pour agir dans le monde sans se poser la question de savoir s’il fait bien ou s’il ne fait pas bien car l’espace qui s’est libéré en lui devient la source d’un savoir pré-personnel intelligent et sensible qui lui donne l’assise nécessaire pour vivre sa vie et faire une gestion adéquate des formes événementielles qu’il traverse. L’égo devient apte à faire une gestion intelligente des événements pour ajuster ses corps en permanence car il sait que tout ce qu’il vit est la manifestation d’une orchestration régit par son esprit pour l’extirper toujours plus des bornes limitatives de sa personnalité.
Sandrine Vieillard