La femme qui se conscientise peut reconnaître et percevoir de plus en plus finement dans son processus d’initiation que son rapport à l’homme, tel qu’il a été vécu antérieurement dans toute la période involutive de l’histoire de l’humanité, a été émaillé des pires aberrations. Ces aberrations l’ont assujettie à une condition de subordination sur tous les registres de sa sensibilité sans qu’elle n’en comprenne la cause. Ne comprenant pas la source de ce qui, d’une façon ou d’une autre l’a maintenue dans une position d’inféodation, c’est-à-dire dans une position où elle s’est toujours sentie devoir céder une part de son intégrité, elle a, dans son mouvement naturel d’aller vers l’homme, pris le parti de préserver la relation de confiance et l’élan d’amour qu’elle nourrissait spontanément à son égard. Cette condition de ne pas comprendre ce qui vient systématiquement égratigner sa sensibilité Yin tout en maintenant son mouvement spontané de générosité vers l’homme a réduit la femme à douter d’elle-même. Ce doute a jeté le trouble dans sa conscience. Cela l’a mise dans une position extrême de devoir anesthésier impassiblement la sensibilité qui a été sans cesse bafouée en elle. Cette anesthésie, qui s’est opérée en elle dans un réflexe de survie pour enterrer sa souffrance, a eu parallèlement pour effet de pervertir progressivement son rapport à elle-même au point qu’elle finisse par perdre contact avec le savoir de qui elle est dans son essence absolue. Cette perte d’identité a amplifié le doute en elle et sa tendance à faire confiance à la polarité opposée pour donner une direction à sa propre vie. La femme a donc connu, dans l’histoire de l’humanité, une condition de vie qui l’a placée dans une constante dépossession d’elle-même. Sur un plan énergétique, cette dépossession a laisse en elle comme un blanc, une absence, une zone ouverte à toutes les intrusions, une ignorance vis-à-vis de l’intégrité parfaite qu’elle peut se donner, un conditionnement extrême à la résignation d’elle-même et à l’impuissance face au jeu de pouvoir des forces Yang qui, se vivant dans leur suprématie inconsidérée, sont restées aveugles à qui elle est. Durant toute l’histoire involutive de l’humanité, la femme est demeurée dans l’attente éperdue, absolument naïve et désenchantée de pouvoir être vue un jour par celui-là même qui, dans son propre aveuglement, a été dominé par des forces retardataires ayant investi son psychisme et son corps pour la dominer. La femme doit savoir que ce jeu de dupe l’a non seulement dépossédée d’elle-même mais l’a aussi séparée de l’homme. Elle doit savoir que l’homme qui est en face d’elle est aux prises avec des influences très puissantes qui s’exercent sur lui pour continuer à ne pas voir qui elle est et conséquemment à ne pas voir qui il est lui-même dans sa dimension Yin. Elle doit savoir que ce qui l’a coupée d’elle-même pour enterrer sa souffrance profonde et extrême de ne pas être vue dans sa nature réelle a eu pour effet de l’empêcher d’exercer son pouvoir de discernement. C’est-à-dire d’identifier et de renverser psychiquement tout ce qui, venu de l’invisible à travers l’homme encore non conscient de ce qui est réel en lui, la maintient dans une position d’inféodation, d’attentisme, et de confiance aveugle. Elle doit comprendre que le processus d’anesthésie lent et répété qui s’est opéré dans ses corps a neutralisé en elle tout mouvement de se révolter contre ce qui, dans les plans invisibles, continue à alimenter cette zone blanche d’absence ou elle ne se sent plus en elle. Car il s’agit bien d’une anesthésie de sa propre sensibilité. Dit autrement, la femme est arrivée à un stade de dépossession où elle ignore qu’elle ignore qui elle est. Cette profonde perte de contact avec son essence la place souvent dans un sentiment impropre d’illégitimité à réaliser un rapport de force avec l’invisible pour avant tout rétablir le respect de sa propre sensibilité car c’est de cela qu’il s’agit pour elle. La priorité pour la femme est de rétablir d’abord le respect de sa propre sensibilité pour se respecter intégralement elle-même et apparaître au monde dans sa totalité sans douter de sa capacité à voir et à renverser ce qui viole son intégrité. Ce mouvement équivaut à cesser de rationaliser sa condition pour réinvestir les zones désertées en elle par une lutte sans relâche contre les forces retardataires qui tentent de la terrasser par l’intermédiaire de l’homme encore ignorant de lui-même. Cet homme qui est en face d’elle et qu’elle sait devoir être son allié. Rien ne peut lui enlever ce savoir qui fait partie de sa sensibilité.
Sandrine Vieillard