Les couches d’incertitude qui brident l’égo dans son rapport au monde sont des voiles extrêmement opaques qui sont tellement profondément incrustés dans ses corps physique et subtil que ce dernier se confond littéralement à eux. Cet état de se confondre à ces voiles fait que l’égo vibre instantanément dans son corps biologique aux doutes qui l’imprègnent d’une couleur toute particulière constituant le fond subtil d’un ressenti qu’il établit, par défaut, comme appartenant au sentiment même de soi. Cette boucle parfaite qui s’auto-alimente par le relai constant qui s’établit entre les pensées reçues et les réactions corporelles qui en résultent, vient renforcer la cristallisation du mémoriel involutif niché dans les cellules de son corps biologique, qui a leur tour font vibrer les corps aux événements qui sont orchestrés dans la vie de l’égo pour systématiquement le faire réagir et déclencher en lui un mouvement de diffraction de ses énergies pré-personnelles. Ce mouvement de diffraction est une réaction psychologique qui pousse irrémédiablement l’égo à s’expliquer les conséquences émotives, souvent souffrantes et douloureuses, du mécanisme qui s’enclenche en lui en cherchant, dans le réservoir immense du mémoriel de l’histoire involutive de l’humanité, une raison, une cause, une compréhension de ce qui gouverne avec tant de force sa vie interne. Cette raison, il la recherche toujours du côté d’un entendement rationnel dont les prémices le ramènent à sa nature qu’il croit foncièrement psychologique alors qu’elle est cosmique. De ce fait, lorsque l’égo vit une tension créée par un évènement ou un contexte relationnel, il verra automatique affluer, s’il y est attentif, une série absolument colossale de pensées défensives, offensives, brutales, adoucies, dramatiques, drolatiques, des pensées positives comme des pensées négatives, c’est-à-dire tout et son contraire qui asservit son mental à une floraison d’argumentations et de contre argumentations internes qui l’éloignent toujours plus de lui-même et plus encore de l’autre dont il ne peut plus voir la sensibilité car il est trop occupé à se faire l’avocat des multiples pensées qui encombrent sa psyché et le maintiennent dans une intranquillité de fond. Dans cette intranquillité qui voile sa nature réelle, l’égo n’a plus accès à lui-même et n’a plus accès à l’autre. Il est coupé de lui-même et il est coupé de l’autre. Il fait sans le savoir l’expérience répétée d’une séparation par le fait même de diffracter son énergie. Il se perd dans des conjonctures intérieures et toute l’énergie qu’il dépense à nourrir cette roue mentale devient la nourriture donnée à foison aux entités qui viennent pénétrer son mental et bénéficier de la diffraction qui s’opère quasi automatiquement dans sa tête. L’égo le fait automatiquement car il ne sait pas faire autrement que de se réfléchir pour trouver une issue au mouvement de savoir qui il est et comment se positionner dans le monde et face à autrui. Dans cette logique psychologique involutive, l’égo agit comme s’il devait en permanence se justifier intérieurement en rationalisant son rapport à la vie. Cette charge karmique fait qu’il doute en permanence de lui-même et ne parvient pas à s’avancer dans la vie dans la simplicité de ce qui vibre réellement en lui. Cette incapacité le maintient dans une souffrance et une intranquillité de fond qu’il tente de juguler par toutes les fuites psychologiques qui opèrent comme un soulagement temporaire mais qui ne constituent jamais une résolution définitive à ce fond d’intranquillité existentielle. Parvenu à un stade suffisamment fort de souffrance intime, l’individu parviendra éventuellement à la compréhension que c’est en apprenant à rompre le circuit infernal du processus de réflexion psychologique que son égo se donnera l’espace psychique nécessaire pour laisser entrer en lui une énergie nouvelle qui correspond au savoir intégral qu’il a de lui-même. C’est-à-dire pour laisser entrer en lui l’énergie de son esprit.
Sandrine Vieillard