228 L’enfer de se réfléchir

Les impressions que l’individu peut vivre intérieurement lorsqu’il exprime une parole sont des parasites qui viennent distordre la qualité même de ce qu’il dit. Ces impressions parasitent la substance de ce qui est dit car elles viennent donner à la parole énoncée, en même temps qu’elle est énoncée, une coloration émotive ou intellectuelle que l’égo peut ressentir intérieurement comme une forme de sentence interne qui vient valider ou invalider ce qu’il dit. Ces sentences internes sont la manifestation d’un processus de réflexion ou de métacognition qui se rattachent toujours à un système de valeurs intime intériorisé au fil des ans par le biais des conditionnements environnementaux dont les formes ont été parfaitement orchestrées pour se mailler à la configuration singulière de la programmation de l’individu. Ce parasitage qui n’est jamais mis à jour, ni interrogé car il a la particularité d’être intime du fait qu’il se joue exclusivement dans ce que ressent l’individu de lui à lui-même, pourrait se résumer comme suit : l’individu pense qu’il pense que ce qu’il pense possède un degré de validité plus ou moins prononcé ; de ce fait, selon l’évaluation qui est faite, l’individu en ressent un confort ou un inconfort interne qui le conduit à vivre un degré de réassurance ou d’insécurité plus ou moins grand. Sentiment de réassurance ou d’insécurité plus ou moins confus qui ne sera dans la plupart des cas jamais dit car maintenu dans la sphère intime de la réflexivité interne. Cette mécanique affective est le fondement de la psychologie involutive de l’humanité. Elle implique que le fait même de se réfléchir condamne l’individu à s’auto-évaluer sur la base d’impressions internes dont il ne connaît ni la nature ni l’origine réelle tout en les considérant néanmoins comme des référentiels absolus de la validité de ce qu’il énonce. À partir de cette mécanique, l’individu peut se donner raison pour maintenir sa cohésion interne et préserver sa sécurité construite à partir de référentiels issus des conditionnements dont il n’interroge jamais la teneur puisque ces conditionnements constituent les assises mêmes de son identité psychique et par extension les piliers de son rapport à lui-même et à autrui. L’individu peut aussi, à partir de cette mécanique, se dévaluer et vivre quantité d’inhibitions qui le maintiennent dans une parole non réelle. Que l’individu tente de se donner raison par insécurité ou qu’il ressente une limitation intérieure, la réflexivité qu’il subit est un parasitage absolu de sa conscience car elle la polarise et la fait vaciller en permanence entre deux bords, entre deux pôles, entre le faux et le vrai, maintenant l’égo dans un inconfort permanent qui est le doute de lui-même. Ce doute, qui plafonne toujours l’individu dans sa capacité à énoncer ce qui est réel en lui est la vermine qui vient grignoter l’intégrité de sa conscience. Ce doute est le pendant de la réflexivité que l’individu a pris l’habitude de concevoir comme normale voire comme étant le garde fou de sa conscience morale. Or, la conscience de l’individu n’a pas besoin d’un système de valeurs morales car ces dernières, qui en leur temps ont joué leur fonction, assujettissent à des doctrines de bien vivre ensemble qui deviennent inutiles lorsque l’individu accède à une intelligence universelle. Cette intelligence universelle se situe aux antipodes de la réflexivité. Lorsque l’individu en prend conscience, il traque en lui toutes les colorations qui s’impriment en lui pour survaloriser ou censurer sa parole. Il démonte la mécanique des censeurs internes qui ne sont que la manifestation d’énergies extérieures à lui qui viennent parasiter son mental pour lui imprimer des doutes et le réduire à une forme d’impuissance à laquelle il finit par croire tellement la réflexivité s’est substituée à la conscience claire qu’il a de lui-même. Quand l’individu comprend cette subtilité, il peut alors progressivement rejeter toutes colorations de sa parole qui serait sur ou sous dévaluée pour commencer à énoncer le réel de qui il est.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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