Chaque fois que l’individu se sent rattrapé par une impression de lui-même qui le lie à une personne et que cette impression lui laisse le goût d’une force implacable qui se super-impose à sa conscience, il doit savoir qu’il est en présence d’une forme qui le domine et fera tout pour le dominer afin de le maintenir dans une croyance mensongère de lui-même. Chaque fois qu’il ressent cela, l’individu a le pouvoir de se saisir de cette impression pour la convoquer radicalement et commencer à parler le mensonge dont elle est faite. Cette impression est parfois tellement scellée à la structure atomique de ses corps que l’individu sait qu’il doit s’arracher au sentiment qu’il a de lui-même alors que la couleur de ce sentiment a toujours bercé sa conscience involutive. Cet arrachement est un acte conscient de destruction qui s’opère sur toutes les formes relationnelles qui l’emprisonnent dans le périmètre d’une histoire involutive où l’individu s’est toujours senti petit, misérable, coupable, faible, délaissé, rejeté, malheureux, redevable,… c’est-à-dire soumis à la vibration de chaînes karmiques qui le retiennent dans un vague sentiment d’appartenance à une condition humaine qui bientôt ne sera plus la sienne. Lorsque l’individu est conscient de cela et qu’il est encore sujet aux tentatives de domination de ces formes sur sa conscience, il doit alors les parler sous toutes leurs coutures pour arriver à épuisement de leur substance mensongère et faire surgir, à partir de cet épuisement de la forme, une énergie nouvelle correspondant à ce qui est réel en lui. Cet acte de parler le mensonge jusqu’au bout pour le dévoiler, le confronter et l’épuiser complètement est, pour l’individu, un acte de pouvoir sur lui-même. C’est aussi un acte de pouvoir sur tout ce qui, dans l’invisible, tente de le soumettre, par le jeu des sentiments et des impressions, à une condition d’être inféodé à la croyance qu’il est réduit à subir les aléas d’une vie qu’il ne comprend pas, nourrissant ainsi l’idée qu’il sera toujours petit face à elle. En se soustrayant aux forces qui le figent dans des formes relationnelles involutives, l’individu fait acte d’autorité pour gagner sa liberté propre ainsi que celle de s’ouvrir à autrui sans plus jamais se faire piéger par des chaînes karmiques qui n’ont eu d’autre fonction que de faire peser sur lui un sentiment souterrain mais puissant d’illégitimité à être au monde qu’il sait maintenant devoir éradiquer.
Sandrine Vieillard