Chaque fois que l’égo vit l’écoulement du temps planétaire dans une forme d’attente, il dilapide son énergie à nourrir un espace qui, en lui et en dehors de lui, devient un vivier d’hypothèses, de projections et d’anticipations, c’est-à-dire un vivier de productions venues des couches mémorielles de sa programmation encore actives en lui. Ce circuit court du mémoriel qui alimente la façon dont l’individu à de se vivre participe à le maintenir dans le cadre étroit de ce qu’il connaît, le plafonnant dans sa conscience à une sorte de ré-instanciation des mémoires expérientielles de son âme. De ce fait, l’individu se voit décentré de son intelligence instantanée et réelle car il ne parvient pas à s’extraire de ses couches mémorielles qui font rejouer en lui à l’identique un sentiment même de soi qui est une réduction de soi. Ce sentiment, qui sert de pilier identitaire à l’égo encore identifié à certaines failles de sa psychologie involutive, se nourrit de la recherche de réassurance par tous les moyens et notamment celui de l’anticipation fabriquée dans le fait d’attendre quelque chose ou quelqu’un ou encore quelque chose de quelqu’un. Dès lors que l’individu se voit vivre cette attente, il détient en lui l’indice que la libre circulation de l’énergie de sa conscience est interrompue pour être remplacée par une forme de projection dans le futur qui maintient son égo prisonnier du passé car les formes de projection faites ne sont pas autre chose que les reliquats du connu involutif plaqués sur l’avenir. Dans ces circonstances, l’égo ne peut se libérer de sa programmation ni être créateur de sa vie dans l’instantanéité de son intelligence et de son amour. Il demeure prisonnier des schémas réflexifs de sa programmation d’âme et souffre insidieusement de ce poids invisible qui agit sur lui comme une force gravitationnelle. Cette action est un couvercle mis sur sa conscience qui tourne en boucle dans la structure circulaire de sa mémoire recyclant sans arrêt du remâché pour lui donner l’illusion de se sentir exister. Or l’individu n’a pas vocation à exister mais à vivre, c’est-à-dire à éprouver le goût de sa liberté intérieure de ne plus être assujetti à une forme d’attente qui réduit tous les paramètres de sa conscience à la seule nécessité de sécuriser ses peurs ou encore de nourrir ses croyances qui est une autre façon de juguler son insécurité de fond. L’individu comprendra qu’à terme, ses propres peurs deviendront, chaque fois qu’il sera en mesure de les identifier, le levier de sa capacité à se saisir de sa volonté pour dépasser le mémoriel mensonger qui les a sédimentées en lui. Cela ne fera pas de lui un être insensible ou indifférent mais un être capable de manifester sa totale autonomie dans le respect des actions d’autrui dont il puisera la complète compréhension par un discernement toujours plus subtil et raffiné de ce qui agit occultement derrière les formes évènementielles.
Sandrine Vieillard