L’humilité est une attitude que l’individu se donne du fait de son ignorance face aux lois de l’invisible. Dans cette ignorance, il attribue la teneur des évènements qu’il traverse à des forces qu’il juge comme étant plus grandes que lui en s’imaginant qu’elles ont toujours eu et auront toujours autorité sur lui. Cette condition de se sentir subordonné à des forces dont les effets outrepassent son entendement a été exploitée par toutes les formes de religiosité, mouvements spirituels y compris, au point que l’individu n’a jamais eu l’once d’un mouvement de mettre en doute de quelque façon que ce soit cette impression de ne pas être assez grand pour percer les mystères de la vie. Cette chape de plomb scellée sur sa conscience dont la condition est d’avoir été coupée des principes de l’intelligence et de l’amour universel a condamné l’individu à se croire l’objet de puissances cosmiques dont l’action échappe définitivement à sa compréhension. Cet état d’existence s’est actualisé durant toute la période involutive de l’histoire de l’humanité au cours de laquelle l’accumulation d’expériences, c’est-à-dire l’empilement des possibles dans le mémoriel de l’humanité, a forcé le développement d’une métacognition assez sophistiquée pour, à terme, donner à l’individu la possibilité de s’extirper graduellement de son assujettissement aux réactions viscérales longtemps restées aux commandes de son rapport au monde et de son rapport à lui-même. Depuis quelques décennies, cette condition n’est plus plafonnée et oblige de plus en plus d’individus à s’arracher à cette croyance ancestrale selon laquelle les mystères de la vie auraient préséance sur leur conscience. Cette obligation les poussent à réaliser des percées dans les plans invisibles pour les considérer comme étant la continuité naturelle de leur conscience universelle capable de naviguer d’un plan à un autre dans une totale assise identitaire, assise construite à partir de la propension de leur ego à cesser de croire et à cesser de polariser ce qu’ils perçoivent. Ce faisant, il devient possible à ces individus de faire de leur rapport aux mondes invisibles une science et non pas un objet de fascination ou d’aversion car ils savent que ce qui se manifeste dans leur vie est l’actualisation des lois d’énergie des plans invisibles dans la matière. Ce savoir est concomitant d’une telle déconstruction de leur fausse identité et d’une telle destruction de leur corps de désir (dont les mouvements étaient pilotés par les forces astrales), que ces individus ne peuvent plus d’une quelconque manière que ce soit s’attribuer, par un mouvement égotique réflexif, un pouvoir qui ne serait pas intelligent (non pas au sens intellectuel mais systémique du vivant) sur ces lois. À partir de là, ces individus ne reconnaissent plus la notion d’humilité parce que celle-ci devient un concept appartenant au monde des traditions involutives dont le maître mot a toujours été de museler l’individu dans son besoin absolu, inaltérable et insatiable de dépasser sa condition d’être coupé du savoir intégral de ce qu’est son essence cosmique.
Sandrine Vieillard