Le doute est une énergie que l’on peut assimiler à un brouillard mental qui fonctionne comme un brouillage de fréquences coupant l’individu d’une autre énergie correspondant à la certitude qu’il a de lui-même, non pas en tant que certitude construite sur la base des identifications de son égo, mais en tant que certitude de toucher à son intégrité qui lui confère l’assise et la tranquillité intérieure pour apparaître dans le monde sans se sentir écrasé par de multiples interrogations qui ont toujours quelque part un rapport avec le crainte de ne pas être entièrement légitime à être tel qu’il est dans ce monde. Le doute happe littéralement la conscience de l’individu pour y créer un amoncellement d’interférences qui sont des pensées venues le déposséder de lui-même. Cette dépossession est une véritable colonisation du mental. Elle génère une aspiration irrésistible vers toujours plus d’interrogations parce que l’individu a précisément le réflexe de faire appel aux multiples pensées qui l’assaillent pour élaborer une rationalisation quelconque avec l’espoir illusoire de se défaire de ses doutes. Cette agitation mentale continuelle crée une intranquillité de fond qui aspire et se nourrit de toutes les peurs cristallisées dans les corps physique et éthérique de l’individu. La grande perversité de cette mécanique mentale est que l’individu quelque part se sent vivre et exister à travers les fruits de ses rationalisations internes parce qu’il les réfléchit, les fait siennes, en sent l’écho dans ses corps, et finit par établir avec elle un rapport d’identification qui devient, avec le temps, son pilier identitaire. Ce pilier identitaire est le « sentiment même de soi » qui vient vibrer à toutes les sources de stimulations qui arrivent de l’intérieur ou de l’extérieur. Ce « sentiment même de soi » étant le prisme par lequel l’individu perçoit et comprend le monde, il ne le questionne jamais. Dit autrement, l’individu ne remet jamais en doute le fait qu’il soit lui-même assailli de doutes. Il ne le fait pas parce que pensant que les pensées viennent de lui, il en prend toute la responsabilité et endosse une charge considérable par rapport aux directions qu’il se donne dans la vie. Cette charge vient de ce mouvement de vouloir faire bien dans l’ignorance complète que tout ce qu’il pense et fait dans la vie n’est pas le fruit de son libre arbitre. S’il parvient à cette compréhension, l’individu peut alors utiliser la conscience qu’il a de lui-même, non pas pour croire ses pensées, mais pour développer la faculté de faire un mouvement inhabituel de dissociation du sentiment même qu’il a de lui pour poser un regard nouveau sur ce qui vient allumer, animer et brouiller son mental. Cette capacité, qui demande à l’individu de devenir l’observateur de lui-même et qu’il exerce avec le temps, lui donne un autre espace intérieur, vierge de tout encombrement, à partir duquel il peut commencer à voir le jeu des infinies contradictions qui le traversent. Contradictions qui marquent la non intelligence définitive des courants des pensées qui viennent le coloniser. Voyant l’aberration de cette agitation intérieure qui tente de se passer pour lui, l’individu peut s’en défaire et commencer à désencombrer son mental pour créer une percée à travers le brouillard qui lui permet d’accéder à ce qui est réel en lui. Il le fait pour lui-même et touche alors à une conscience qui devient suffisamment dégagée des interférences qui polluent son mental pour s’avancer dans la vie sans souffrir de toujours douter à un endroit de lui-même de sa légitimité à être incarné sur cette terre. Il devient alors souverain face à ce qui le fait douter de lui-même et commence à vivre.
Sandrine Vieillard