L’individu découvrira que toute pensée qu’il a de lui-même est un voile posé sur sa conscience pour le maintenir dans un rapport à lui-même et à autrui déterminé par les charges karmiques dont il a héritées. En se fiant aux pensées qu’il a de lui-même, l’individu se retrouve cantonné à un périmètre très limité de sa vie au sein duquel il se heurte aux mêmes reliefs, c’est-à-dire à la même nature d’évènements qui le conduisent, s’il n’y prend pas garde, à nourrir les mêmes réactions émotives et à subir pour les faire siennes les mêmes pensées de lui-même. Ce cercle vicieux peut maintenir l’individu dans le périmètre étriqué de son existence toute sa vie. Tel un enfermement qui s’apparente à une cage dorée dont l’individu n’ose franchir le seuil car passé les limites de la cage, il ne sait absolument plus de quoi est fait l’espace inconnu que sa conscience n’a jamais touchée jusqu’alors. Le fait même de percevoir que sa conscience n’a pas encore touchée d’autres territoires que ce qui lui est familier et donc sécurisant est parfois suffisamment anxiogène pour conduire l’individu à renoncer à toute émancipation de lui-même. C’est précisément cette peur sourde et tenace que l’individu est amené à dépasser pour franchir le seuil. Or, cette peur est quotidiennement alimentée par les pensées que l’individu a de lui-même. Des pensées qu’il réfléchit et qui l’égarent dans les méandres d’infinies contradictions internes lesquelles finissent toujours par avoir raison de lui car ces contradictions génèrent suffisamment de doutes, d’interrogations, d’hésitations et d’incertitudes pour faire naître et grandir en lui un sentiment d’impuissance chronique et maladif qui le fige systématiquement dans une position d’inféodation face aux circonstances de la vie. L’individu apprendra à briser ses peurs en ne donnant plus aucune valeur identitaire aux pensées qu’il a de lui-même. Ce faisant, il se donnera alors de l’espace psychique pour alimenter le feu de sa volonté à casser toute barrière mentale qui le limite dans son rapport à l’existence et il découvrira au fur et à mesure qu’il avait absorbé dans ses corps un nombre incalculable de limitations de lui-même, incrustées suffisamment subtilement en lui pour qu’il ne les interroge jamais. À ce stade, l’individu verra la perversité des pensées qui s’imposent à lui pour lui faire croire qu’il est limité dans son intelligence des mondes visible et invisible. Conscient de cela, il pourra alors se donner sa propre liberté en brisant un après l’autre les barreaux de sa cage, autrement dit les limitations de sa propre psyché.
Sandrine Vieillard