L’individu qui comprend qu’il est poussé, malgré les résistances de son égo, à vivre une transmutation profonde de la conscience qu’il a de sa condition terrestre fait invariablement l’expérience d’une succession d’évènements dont la nature et la combinaison servent à altérer progressivement mais irrémédiablement sa tendance spontanée à donner une coloration intérieure à ce qu’il vit. Cette altération conduit l’individu à passer d’un statut d’égo réflexif et réactionnel à un statut d’égo qui perd graduellement tous les repères psychologiques et moraux lui ayant servi de boussole pour organiser sa vie et entrer en relation avec lui-même et avec les autres. Du point de vue de l’expérience intime, cette altération se traduit par un entrechoc continuel des systèmes de valeurs régissant l’émotivité de l’individu pour obliger son égo à abandonner son agrippement maladif à l’impression polarisée de lui-même qu’il réfléchit pour se positionner dans le monde. Cet abandon est contraint et se traduit toujours par la souffrance de s’arracher à un pilier identitaire qui n’est autre que le sentiment d’appartenir à la vie et à la communauté humaine comme elle va. Cet arrachement donne à l’individu un autre sentiment, qui durera le temps nécessaire, d’être expulsé des conditionnements régissant les cadres d’une humanité dont le fonctionnement auquel il participait activement lui apparaît de plus en plus étranger. Ce rapport génère en lui un sentiment d’isolement très vif dont il est obligé à terme de contenir la teneur car n’étant déjà plus mu par les mouvements habituels de fuites psychologiques dont les ressorts consistent à tout faire pour ne pas aller à la rencontre de son intériorité, l’individu se voit immobilisé dans une forme d’inertie contre laquelle il ne peut réagir comme il réagissait auparavant. L’expérience de cette inertie signe le processus d’effondrement des anciennes structures internes de l’individu qui sont lentement remplacées par les fondements d’une nouvelle conscience dont la nature se dévoile peu à peu au rythme de la pénétration de la lumière dans ses corps. Dans ce processus, l’égo est amené à souffrir et à endurer le temps long de ses intégrations, temps qui à terme perdra sa qualité de temps linéaire que l’individu subissait psychologiquement pour devenir un point dynamique à partir duquel la vastitude de sa conscience se déploiera d’un plan à un autre pour œuvrer à l’harmonisation entre les mondes invisibles et la matière.
Sandrine Vieillard