L’individu tente par la rationalisation interne de se donner raison parce qu’il tend naturellement à vouloir préserver en lui le sentiment d’être correct face à lui-même et face au monde. Ce besoin puissant de se sentir correct existe en l’individu parce qu’il lui apparaît comme la seule manière de répondre à un déficit premier, diffus et continu qui existe en lui dans les couches les plus intimes de son être et qui le ramène au vécu de ne jamais se sentir totalement légitime à être au monde. Ce besoin impérieux de nourrir le sentiment de se sentir correct expose alors l’individu à toutes les sources extérieures d’évaluation de lui-même qu’il prend pour une validation ou une invalidation de qui il est. Ce faisant, tout jugement venu de l’extérieur devient un potentiel baromètre de sa valeur individuelle qu’il construit au fil de sa vie sous le regard inquisiteur ou valorisant venu des sphères familiales, relationnelles et institutionnelles dans lesquelles il a baigné. L’individu apprend donc à se fabriquer une image de lui-même à partir de ce qu’il croit être les attentes d’autrui construites sur la base du référentiel de ses expériences passées. Cette image est l’engramme des jugements polarisés qu’il a fait siens durant sa vie et qui viennent colorer le sentiment même de soi qu’il a développé avec le désir que ce sentiment manifeste sa légitimité à être au monde. Or, si l’individu se fit aveuglement aux systèmes de valeurs extérieurs à lui, il subit directement les lois de polarité qui sont l’essence même de tous les systèmes moraux, familiaux, et sociétaux encore en vigueur dans ce monde. Cela signifie que l’individu se retrouve projeté dans un monde de contradictions incessantes ou vérités et contre-vérités se télescopent au point de créer le doute, l’incertitude et par conséquent la quête éperdue de soi. L’intensité de cette quête est la manifestation du degré avec lequel l’individu se sent perdu dans sa définition identitaire car il ne parvient jamais, à partir des prémices familiales, relationnelles, sociétales et culturelles, à se sentir définitivement correct à ses yeux propres et aux yeux de tous. Tant que l’individu se tournera à l’extérieur de lui-même pour puiser sa légitimité à être au monde, il s’assujettira aux jugements hasardeux et contradictoires d’un environnement dont la dynamique sera parfaitement orchestrée pour lui faire vivre la satisfaction un jour et le désarroi le jour suivant. Lorsque l’individu aura suffisamment fait l’expérience de ce cirque infernal, il pourra se tourner vers lui-même pour construire son assise identitaire en commençant par cesser de se faire magnétiser par les formes évènementielles de son existence tout en décodant les lois occultes qui régissent son existence planétaire. Cette lecture qu’il sera en mesure de faire pour lui-même lui donnera alors l’assise nécessaire pour graduellement construire un rapport à la vie ou la question de savoir s’il est correct ne se posera plus car il saura qui il est. Il saura qui il est face aux plans invisibles qui ont jusqu’alors joué le jeu de la confusion et de la domination pour l’obliger, à force d’écœurement, à lui faire renverser le mensonge ultime sur sa légitimité à être au monde.
Sandrine Vieillard