Lorsque la conscience de l’égo vibre aux voiles involutifs de sa programmation d’âme, il établit son rapport au monde et à lui-même sur la base exclusive du connu, c’est-à-dire du mémoriel de l’humanité. Ce vaste réservoir du mémoriel involutif de l’humanité en lui s’organise selon une trame spécifique correspondant à l’accumulation des expériences vécues à travers les âges, ce que certains appellent son karma. Ces chaînes karmiques, qui sont appelées des chaînes parce qu’elles privent l’individu d’une liberté psychique totale face à ce qui pèse sur sa vie, se manifestent par des formes pensées qui lui arrivent directement dans l’espace de sa conscience, relayées par des énergies distordues situées dans ses corps subtils qui elles-mêmes sont cristallisées dans son corps physique. Imprégné dans toutes les strates de son être par ce bagage mémoriel, l’égo (se) ressent et (se) vit en étant déterminé par des états internes qui se rejouent dans sa vie sous des formes qui sont certes nouvelles et variées mais qui le placent en permanence dans la même prison réactionnelle. Aussi longtemps que l’individu est maintenu ignorant de cette mécanique, ces états internes fonctionnent comme les législateurs absolus de sa vie parce qu’ils le maintiennent soumis à des lois de cause à effet qui pèsent sur sa psyché. Demeurer sous le régime des lois de cause à effet signifie pour l’individu être maintenu prisonnier de schémas psychologiques réactionnels répétitifs déclenchés par des évènements orchestrés de toute pièce par son esprit tout au long de sa vie dans une accumulation d’expériences qui à un moment donné peut venir exacerber un sentiment de ras-le-bol chez l’individu. Arrivé à ce stade, l’individu à quelque chose à comprendre car cette accumulation d’expériences qui le jettent toujours dans des zones souffrantes de lui-même a vocation ultime à le faire évoluer, c’est-à-dire à lui faire comprendre que derrière l’aberration des formes évènementielles qu’il traverse se cache un réel de lui-même qu’il lui faut dévoiler pour accéder à une conscience élargie du monde dans lequel il vit. Cette loi d’évolution qui oblige l’individu à se confronter aux évènements de son existence pour en extraire le réel de qui il est doit être comprise dans sa radicalité. A savoir que le passé est mort et que sa seule fonction a été de faire évoluer l’individu dans la conscience qu’il a de lui-même. Cela signifie que toutes les résurgences émotives liées à ce passé, toutes les imprégnations colorées qu’il réveille en l’individu, sont les manifestations d’un réactionnel involutif que l’individu continue à porter dans ses corps mais vis-à-vis duquel il est graduellement conduit à cesser de s’identifier afin ultimement d’aller vers l’inconnu de lui-même. Inconnu qu’il ne soupçonne pas, qu’il ne parvient même pas au début à concevoir du fait de son attachement aux cadres restreints de sa personnalité et qui par conséquent lui fait extrêmement peur. Cet inconnu de lui-même est pourtant l’endroit à partir duquel sa nouvelle conscience, libérée de toutes les charges karmiques, se donne les conditions d’une expansion infinie lui permettant de traiter avec la matière de sa vie terrestre sans être entravé par tout ce qui par le passé lui à fait croire qu’il était un être impuissant condamné à vivre une existence chaotique déterminée par des évènements qui un jour le font se sentir heureux et un jour malheureux, telle une répétition absurde d’une condition d’inféodation où l’individu ne connaît jamais la paix intérieure qui lui est due.
Sandrine Vieillard