Lorsqu’il est face à autrui, l’individu est amené à comprendre que les impressions ou les ressentis qui peuvent le submerger et se traduire par des tensions à différents étages de son corps (on peut prendre pour exemples l’appréhension dans le plexus solaire, la boule dans le ventre, l’affolement du chakra cardiaque,…) ne sont pas des manifestations dont autrui est foncièrement la cause. Jamais. Ces impressions et ces tensions sont plutôt l’expression, en lui-même, de mémoires cristallisées de sa propre biographie karmique qui rejouent en lui des états de dépossession de son rapport avec ce qui est réel en lui. L’individu doit comprendre que l’évènementiel qui lui présente une personne dont les comportements, les propos ou simplement l’aura lui fait vivre des tensions, quelle que soit leur couleur, est la manifestation de ce qui est involutif en lui-même. L’autre, et le plus souvent un proche, est simplement « utilisé » dans l’évènementiel orchestré par les circuits universels pour faire vivre à l’individu ces tensions afin qu’ultimement il se donne la possibilité d’aller à leur rencontre pour les dévoiler et s’extraire de la prison mentale, émotive, et biologique qu’elles constituent. Or, dans les logiques involutives d’une existence où l’égo est coupé du monde invisible, le réflexe qui s’impose à lui est de considérer que chaque fois qu’il ressent une tension vis-à-vis d’autrui, que cette tension soit agréable ou désagréable, cette tension est directement imputable à cet autre en face de lui. L’égo désigne donc naturellement, sans s’en rendre forcément compte, un responsable extérieur à lui pour s’expliquer les causes de ses propres tensions. Cette boucle de rationalisation immédiate s’inscrit dans les lois involutives de cause à effet qui font que l’individu demeure, dans son rapport à l’événementiel, prisonnier d’un réflexe qui le conduit, en réponse à la tension qu’il vit, à se dévaluer vis-à-vis d’autrui, à dévaluer autrui pour ce qu’il fait résonner en lui ou encore à se sentir victime de ce qui lui arrive. Trois réflexes qui maintiennent l’individu dans un aveuglement face aux lois de l’invisible parce qu’ils le condamnent à diffracter ses énergies pré-personnelles c’est-à-dire se couper de son savoir universel soutenu par les principes de la volonté, de l’intelligence, et de l’amour. Lorsque l’individu aura développé cette compréhension que toute tension qui survient en lui est la manifestation de la présence des forces retardataires qui habitent ses corps physique et subtils, il cessera d’aller chercher la cause de ses tensions à l’extérieur de lui car il aura compris qu’il s’agit simplement d’une forme évènementielle qui agit comme un déclencheur, pour aller à la rencontre, en lui-même, de la nature de cette tension. Cette plongée en lui-même pour rencontrer la qualité, la couleur, la texture, la vibration de la tension qui couve en lui, permet à l’individu de progressivement se dissocier d’elle pour accéder au savoir qu’elle ne peut pas définir le réel en lui. Cette capacité de dissociation, qui passe par la possibilité de statuer et savoir pour soi-même, à partir de soi-même et en soi-même que cette tension ne peut ni le déterminer, ni le limiter, ni le circonscrire dans une fausse impression de lui-même permet à l’égo de grandir en assise identitaire vis-à-vis des mondes invisibles qui l’assaillent de jeux d’influences pour le maintenir dans une forme d’impuissance acquise à se libérer de ses carcans intérieurs. Cela lui permet aussi de cesser de faire la confusion entre les manipulations des mondes invisibles (qui s’exercent sur l’évènementiel qu’il traverse) et la qualité première de celle ou celui qui est en face de lui afin de ne plus croire que cet autre est foncièrement son bourreau, sa victime ou celui qui va le sauver. L’assise identitaire qui se déploie au fur et à mesure que l’égo comprend les jeux de l’invisible sur ses propres impressions, l’engage de plus en plus à s’étudier pour comprendre le réel derrière la forme. Cet examen de lui-même lui confère des perceptions de plus en plus subtiles qui lui permettent de déjouer les pièges de la diffraction (se blâmer, blâmer autrui ou se sentir victime) et ainsi de pouvoir s’installer dans cette conscience indéfectible de la grandeur et la puissance que cela représente de toujours préserver son rapport avec autrui en se respectant intégralement.
Sandrine Vieillard