L’ego est amené à comprendre que la dimension expérientielle de sa vie actuelle est intégralement régit par un passif karmique correspondant au rapport involutif qu’il a eu avec les différentes formes évènementielles de son histoire personnelle vécue au fil de ses incarnations. La régence du passé sur sa vie, qui fonctionne à partir de cet héritage involutif cristallisé dans ses corps, annonce déjà la couleur de sa prison existentielle actuelle dont il ne parvient pas au début à circonscrire facilement les limites du fait que ses dernières se présentent à lui comme le cadre sécurisant de sa personnalité habituée à vivre les mêmes schémas répétitifs de fonctionnement. Cette répétition des schémas qui est une aberration absolue prend pourtant les atours d’une normalité communément acceptée en lien avec cette notion de personnalité reconnue, valorisée et attendue de tous (ne dit on pas qu’un tel n’a pas de personnalité). Ainsi, la personnalité devient un référentiel individuel et social à partir duquel tous les rapports humains, du plus intime au plus collectif, se fondent et se structurent. Lorsque des personnalités se rencontrent, ce sont donc des boucles de schémas répétitifs issus du passé involutif de chacun qui se rencontrent et connaissent des frictions plus ou moins fortes, générant à des degrés divers des états de division et de contradiction interne qui débouchent toujours sur des souffrances intimes qui sont le plus souvent tues. Ce silence autour de cet état souffrant de ne pas trouver un point de convergence immédiat, fluide, stable et absolu entre lui et autrui, conditionne alors l’individu à croire en une coupure irrémédiable entre les êtres. Ceci le conduit à se construire des stratégies internes de protection face à sa propre souffrance de fond qui se rejoue tout au long de sa vie du fait de ne pas trouver ce rêve presque perdu d’une entente totale et perenne avec l’autre. Ces chaînes de la personnalité doivent à terme être brisées pour que l’individu recouvre la liberté de déployer une communication avec autrui qui ne soit pas tributaire ni du mémoriel contenu dans ses corps, ni de celui cristallisé dans le corps de celle ou celui qui lui fait face. Cette libération passe par un bris des chaînes karmiques qui placent l’ego dans des situations d’inféodation psychologique. Elle requiert une purge des influences du passé sur la psyché de l’individu par une épuration du mémoriel involutif cristallisé dans ses corps. Plus ce travail de libération se fait, moins l’égo s’identifie aux cadres restrictifs de sa personnalité, plus il sent en lui un désencombrement psychique. Concrètement, ce désencombrement psychique se traduit par le fait de moins en moins se réfléchir. Cesser de se réfléchir consiste pour l’égo à cesser de se donner raison à partir des cadres limités de ses rationalisations construites pour donner une cohérence à ce qui vibre dans ses corps. Cela lui permet alors d’être de moins en moins soumis à la vibration du mémoriel involutif de son histoire dont l’effet immédiat est d’activer tout une chaîne automatique de réactions psychologiques qui le conduisent à diffracter son énergie en ayant recours à un système de valeurs quelconque pour trouver une vérité sur lui, autrui ou le monde. Si l’individu tente de trouver une vérité sur lui, autrui ou le monde c’est parce qu’il tente vainement de s’expliquer les effets pervers de sa personnalité sur sa vie. La boucle est alors bouclée. L’égo tourne en rond. Il est piégé. Car tenter de trouver une vérité par l’entremise de jugements rationnels issus des cadres restrictifs de sa personnalité qui polarisent les formes évènementielles de sa vie le maintient dans sa prison mentale. Dès lors que l’égo devient scient de cette mécanique qui s’opère en lui, il peut commencer à se révolter pour devenir maître à bord en s’étudiant pour lever toutes les manifestations mensongères du mémoriel involutif en lui qui sapent toute possibilité perenne de vivre la paix intérieure et l’harmonie avec autrui.
Sandrine Vieillard