L’égo peut être pris dans des insécurités psychologiques qui, par voie réflexe de survie émotionnelle, le conduisent à se sécuriser en plaçant une zone tampon entre lui et autrui sans qu’il n’en voit ni n’en comprenne forcément les tenants et les aboutissants pour lui-même et pour celle ou celui qui lui fait face. Cette zone tampon qui vient délimiter, structurer, temporiser et composer un périmètre singulier mais toujours limité de l’espace de rencontre qui se crée entre lui et l’autre peut prendre de nombreuses formes qui sont très souvent associées à un manque de disponibilité psychique pour ouvrir cet espace. Le flux de la vie quotidienne devient ici un prétexte à l’égo pour actualiser cette limitation qu’il finit par vivre comme étant la normalité des rapports humains. Ces réflexes psychologiques défensifs qui peuvent se cacher derrière l’accumulation de programmes à tenir, de tâches à réaliser, de projets à développer, d’aspiration à suivre constituent à un certain degré une fuite en avant pour l’égo qui ne parvient plus à se donner l’espace intime nécessaire afin d’examiner par lui-même et pour lui-même les ressorts mêmes de sa fuite en avant qui le coupe d’une réelle communication avec l’autre. C’est d’ailleurs souvent parce que la communication avec autrui est intimement vécue comme délicate, heurtée, inégale, ou parasitée que cette mécanique de fuite se met en place afin de soulager l’égo de cette souffrance sourde qui existe au fond de lui de ne pouvoir apparaître pleinement à l’autre (et inversement) mais qu’il se débrouille pour ne pas voir du fait de son investissement dans sa stratégie de gestion de la relation dans cet espace tampon. Si l’égo s’arrête et regarde, il sentira en lui les marques profondes d’une grande souffrance à ne pas pouvoir vivre la fluidité totale et absolue de ce que la communication permet lorsque les insécurités ont été identifiées, comprises et transmutées en assise identitaire permettant d’apparaître dans sa sensibilité la plus singulière sans se sentir menacé par la vie ou par autrui. Lorsque l’individu aura compris que sa paix intérieure n’est pas seulement le fruit de ce qu’il est capable de réaliser matériellement dans ce monde mais qu’elle repose aussi sur la conscience que la structure psychique et la sensibilité de l’autre sont des portes d’accès à son propre univers intérieur qu’il peut explorer à l’infini pour en connaître la dimension universelle, il sera alors en mesure de considérer la communication avec autrui et avec ses proches comme le vivier intarissable de sa propre expansion de conscience mise au service de sa capacité à aimer.
Sandrine Vieillard