Lorsque l’individu vit des tensions en lien avec des évènements qui viennent, d’une manière ou d’une autre, faire obstacle à la façon dont son égo envisageait en toute bonne foi de gérer une situation, il peut voir se former en lui une boucle récurrente de pensées qui tournent comme une petite musique dans sa tête et vient l’envahir intégralement pour colorer, c’est-à-dire pour polariser, son rapport à lui-même et au monde. Cette boucle récurrente de pensées obsessionnelles est un phénomène psychologique extrêmement puissant qui s’impose à la psyché de l’individu et vient l’assiéger tel un envahisseur qui occupe tout le territoire de son mental. Ces pensées obsessionnelles, qui sont instantanément relayées par des impressions et des émotions déclenchées par la mécanique biologique du système nerveux et du système endocrinien de l’individu, finissent par engloutir littéralement sa conscience en occultant tout, absolument tout ce qui ne relèverait pas des cadres dictés par ces pensées obsessionnelles. Ces pensées qui obnubilent l’individu et le rendent aveugle à la possibilité de créer du nouveau dans sa vie, peuvent correspondre à différentes catégories d’obsessions. Les obsessions anxieuses animées par toutes les peurs et les craintes de l’individu, les obsessions dépressives engendrées par les effluves d’une profonde tristesse prête à émerger, les obsessions réactionnelles allumées par des évènements qui créent toutes les conditions de la frustration, de la colère ou du sentiment d’injustice. Ces trois catégories ne sont pas étanches les unes par rapport aux autres et peuvent former des pensées qui tournent en boucle pour piéger l’individu dans une interprétation psychologique mêlant tout le paquet de ses craintes, de sa tristesse et de sa colère. Dans tous les cas, il se passe toujours la même chose : l’individu croit en ses pensées obsessionnelles et se donne raison de les croire parce que toute une série d’autres pensées qui s’invitent dans sa tête pour apporter de l’eau au moulin à son envahissement psychique viennent lui donner les bonnes raisons identitaires pour croire à la pertinence de ce qui l’assiège dans ses obsessions. L’individu a beau réaliser que ce qui enserre sa tête et se présente à lui comme une réponse réactionnelle à l’événement qui ne faisait pas son affaire lui crée encore plus de tensions internes, il continue à se laisser littéralement posséder par la vague de pensées obsessionnelles à partir de laquelle il tente de se définir et de se tracer une direction pour agir. Tant que l’individu continuera à croire ses pensées obsessionnelles en leur donnant une valeur de vérité identitaire, il se fera avoir. Il se fera violer. Il se verra dépossédé de sa liberté d’être et d’agir dans le monde à partir de principe de vie qui lui permettent de se sentir libre de tout carcan intérieur. Tant qu’il n’aura pas compris pour lui-même que ces obsessions sont une emprise impitoyable des influences du monde de la mort, c’est-à-dire du monde connu, limité et archaïque du mémoriel involutif de l’humanité, sur sa psyché, il se laissera emmurer dans ses propres tensions et se verra maintenu prisonnier d’une condition existentielle où il ne connaît que trois manière d’être au monde : craindre la vie, se dévaluer ou brûler autrui par sa colère. Chacune de ses pensées, chacune de ses émotions, chacun de ses comportements qui serait emprunt de cette crainte de vivre, de cette tendance à se dévaluer ou de ce mouvement irrépressible de projeter son feu sur autrui en se donnant raison est la marque que l’individu n’est absolument pas libre. Ceci est la marque de son assujettissement à la puissance de ce qui vient le chevaucher dans sa tête pour lui faire tourner en boucle une chanson qui colore la vie de telle sorte à ce qu’il passe son temps à diffracter ses énergies pré-personnelles pour se détourner de la grandeur de qui il est réellement. Lorsque l’individu aura réalisé cela pour lui-même, alors le feu qui l’habite pourra être dirigé au bon endroit pour faire voler en éclat toutes les formes d’obsessions qui s’impriment dans sa tête. Il relèvera alors la tête et s’adressera aux plans de la mort pour signifier haut et fort aux entités qui ont tant besoin de son énergie pour se maintenir sur ces plans que plus jamais il ne sera le jouet de leur condition archaïque. Il le fera car il saura que l’emprise des entités sur sa psyché vise toujours à instaurer la division intérieure en lui et à abîmer la relation à autrui car ces entités qui portent en elles un mémoriel archaïque n’ont connu que ça et ne savent pas elles-mêmes s’en défaire. L’individu le fera d’autant mieux qu’il comprendra définitivement que ce qui a peur en lui, ce qui se dévalue en lui, ce qui veut brûler l’autre en lui, ce n’est pas le réel de qui il est (répétons le : ce n’est pas le réel de qui il est) mais bien la résurgence des mémoires involutives à travers ce qui le chevauche pour former des boucles infinies d’obsessions dont il doit à terme se libérer. C’est à partir de ce moment précis que l’individu pourra commencer à vivre cette liberté intérieure dont il a tant besoin pour se créer une vie où il sera en mesure de s’offrir et d’offrir à autrui chaque jour les conditions de l’harmonie.
Sandrine Vieillard