188 Le sentiment de solitude est un mensonge dont l’individu est amené à se libérer

Dans sa vie, l’individu est confronté au réflexe puissant et récurrent de donner une valeur à toutes les formes de l’existence qui se présentent à lui et qui viennent jalonner son expérience. Ce réflexe, qui anime la totalité de sa vie psychique et biologique, devient au fil de son ontogenèse ce qu’il pourrait considérer comme étant sa condition planétaire qu’il croit première et ultime car il n’a jamais connu autre chose que ce mouvement consistant à donner une valeur psychologique à ce qu’il vit. De ce fait, rien ne le conduit à questionner cette condition qui constitue le seul et unique prisme à travers lequel il se comprend lui-même et il comprend la vie. Or, cette condition, qui est un puissant conditionnement de sa conscience, le réduit au statut d’être réactionnel qui subit tout le spectre des colorations émotives liées au fait de donner une valeur psychologique aux formes existentielles. L’effet direct de ces colorations émotives est de lui infliger des déséquilibres internes constants et innombrables qu’il tente de gérer avec plus ou moins de succès, plutôt moins que plus, car il prend ces changements émotifs comme signant des changements de qui il est. Comme s’il était voué à ne jamais être en paix avec lui-même. Par conséquent, cette identification à son émotivité interne qui varie sans cesse et qui est une manipulation de sa conscience, le condamne à entretenir un rapport à autrui toujours emprunt de ces déséquilibres internes. Même si l’individu tente de les dissimuler, ces déséquilibres internes viennent immanquablement interférer dans sa communication avec autrui dans sa dimension verbale, non verbale ou plus fondamentalement énergétique. À y regarder de près, il devient clair que cette condition que subit l’individu de ne pas parvenir à établir une communication stable et sereine avec autrui le coupe littéralement de qui est l’autre. Cette coupure, qui dans la vie de tous les jours se manifeste par ce que l’on pourrait appeler des micro-coupures vécues comme des sources plus ou moins intenses de frustrations intimes, imprègne alors la psyché et le corps émotionnel de l’individu, tel un conditionnement pavlovien, pour lui faire assimiler insidieusement au fil du temps, la croyance absolument implacable selon laquelle ce sentiment de se sentir isolé dans les expériences de frustration qu’il traverse et qui sont relayées par diverses autres émotions telles la tristesse ou la colère est un sentiment réel de solitude. Croyance absolument implacable puisque c’est effectivement ce que l’individu ressent dans ses corps du fait de son identification à tout ce qu’il traverse émotionnellement. À partir de là s’érige en l’individu ce « sentiment même de soi » fondé sur un principe mensonger, relayé par le sens commun d’une humanité prise dans les écueils de son rapport à la forme, selon lequel il serait seul au monde. Ce principe mensonger de se sentir, de se croire, voir de se proclamer seul au monde, enclenche alors en l’individu toutes les formes de rationalisations internes dont son égo a besoin pour se donner raison afin de conserver sa cohérence interne en lien avec cette croyance. Cette rationalisation qui consiste au gré des évènements à blâmer autrui, à se blâmer ou encore à se sentir victime, pousse l’individu à creuser toujours plus profond le fossé qu’il croit exister entre lui et autrui puisqu’il considère fondamentalement cet autre comme une source possible de frustrations et de souffrances internes. Pris dans cet aveuglement, l’individu ne cesse d’expérimenter dans sa vie des formes relationnelles où il se positionne psychologiquement face à l’autre pour répondre à cette croyance enfouie au plus profond de lui qu’il n’a pas d’autre choix que d’ultimement s’en protéger en le fuyant ou bien en le dominant. L’histoire de l’humanité a généré tellement de modalités de fuite ou de domination que l’individu a l’embarras du choix pour se perdre dans cet écueil qui lui a fait oublier que l’autre est une part de lui-même. Tant qu’il sera coupé d’autrui et continuera à œuvrer pour s’en couper, il sera coupé de lui-même en restant prisonnier de son sentiment de solitude, qu’il peut aussi tenter de valoriser par excès d’orgueil, et à partir duquel il tricote une infinité de raisons pour ne pas revisiter et briser de l’intérieur cette émotivité mensongère venue du mémoriel involutif de l’humanité. Mémoriel involutif qui lui a fait prendre autrui pour une menace, laissant à la souffrance abyssale que cela a créé en lui toute la place pour coloniser sa conscience et lui faire croire qu’il serait un être divisé à jamais. En comprenant que son sentiment de solitude est un mensonge, l’individu se donnera un levier psychique considérable pour briser tout ce qui dans l’invisible vient créer les conditions de la division entre lui et autrui.

Sandrine Vieillard

Publié par svieilla

Je m'intéresse à la psyché humaine à la frontière du visible et de l'invisible. J'ai quitté en septembre 2022 mon poste de professeure de psychologie cognitive à l'université Paris Nanterre pour développer une approche de la conscience humaine en dehors des cadres académiques qui me sont apparus en phase d’effondrement. Depuis 2020, je me suis formée à différentes pratiques de soin et d'accompagnement dont certaines sont présentées sur ce site. Dans le même temps s'est dessinée l'obligation de percevoir et de comprendre qu'une nouvelle psychologie devait être déployée (comme beaucoup d'autres champs d'exploration dans l'humanité) au service de l'expansion des consciences humaines et qu'un vaste champ de savoir était à arracher à l'invisible pour en faire une science et non une croyance. Le but étant d'aller à la rencontre de ce qui est réel en chacun de nous. Ce site décrit par ailleurs les soins que je propose dans le cadre de mon activité identifiée sous le n° Siret 902 918 168 000 11.

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