La façon dont l’individu se manifeste dans le monde, c’est-à-dire la façon dont il a d’actualiser ce par quoi il est habité dans la manifestation de ses pensées, de ses gestes quotidiens, de ses attitudes face à autrui, de son positionnement face à la vie, et de son verbe, constitue un mode de communication entre lui et l’extérieur à partir duquel il construit sa définition identitaire. Ainsi, plus l’individu est habité par des impressions, des émotions et des pensées contradictoires dirigées par le ressac des tensions internes qu’il peut subir, plus sa manifestation dans le monde est instable et plus cette instabilité lui retire progressivement, au fil des expériences de vie, toute confiance dans la possibilité de se doter d’une assise identitaire solide à partir de laquelle il entre en communication avec le monde dans le respect intégral de qui il est et de qui est l’autre. Un cercle vicieux commence alors à s’établir, nécessitant, pour l’individu qui est en recherche constante de cohérence interne dans sa vie, de (se) légitimer psychologiquement les impasses intimes par lesquelles il passe dans sa tentative de se manifester dans ce monde. Tant que l’individu n’aura pas intégré que ce par quoi il est habité détermine sa communication avec autrui ainsi que la manière dont il se définit dans son rapport à ce qui est extérieur à lui, il cherchera, dans sa quête de légitimation psychologique perpétuelle dont la visée principale est la sécurisation de son égo, à trouver une faute, une erreur, une faille, une cause à son défaut de manifestation à l’extérieur de lui. C’est dans ce mouvement qu’il sera conduit à diffracter ses énergies pré-personnelles en blâmant l’autre ou encore en blâmant l’événement. Un autre cas de figure consiste à ce que l’individu se dévalue lui-même en trouvant tous les bons arguments de la rationalité psychologique habituelle pour égratigner un peu plus ses propres assises identitaires. Dans un cas comme dans l’autre, l’individu fait face à une condition d’existence où ce par quoi il est habité devient maître à bord à sa place, créant malgré lui des situations d’instabilité, de jugement et de souffrance dissimulée derrière le rideau d’un raisonnement bâti sur un système de valeurs dont les formes singulières se sont construites à partir des conditionnements issus des cadres éducatifs, familiaux, généalogiques, sociétaux, culturels, karmiques,… dont il a hérités. L’individu peut passer toute sa vie perclus dans ces cadres imbriqués comme des poupées russes et y trouvera la réserve nécessaire d’autojustifications de ses errances intérieures sans jamais toutefois trouver l’issue par laquelle sortir des logiques psychologiques de dévaluation de soi et/ou d’autrui afin d’aller à la rencontre de ce par quoi il est habité pour commencer à regarder de près à quoi cela ressemble et à comprendre que l’accumulation des conditionnements qui fondent les assises de son rapport au monde n’est pas le réel en lui. Dès cet instant, l’individu pourra être en mesure de s’engager dans la refondation de son assise identitaire pour y déloger tout ce qui est mensonger c’est-à-dire tout ce qui le manipule de sorte à créer les conditions de la discorde avec lui-même et avec autrui. Ce mouvement lui donnera le goût de plus en plus pressent de se désencombrer psychiquement de ce qui n’est pas réel en lui pour gagner en liberté, en intelligence et en amour non pas parce que ce mouvement est moralement reconnu et valorisé mais parce qu’il constitue le mouvement naturel de qui il est.
Sandrine Vieillard