Toutes les formes d’impatience que l’individu vit au-dedans de lui sont l’expression d’une tension générée par la présence d’une énergie de feu en lui qui ne parvient pas à s’actualiser sous une forme manifestée qui soit à sa mesure dans la matière. Cette impulsion intérieure qui cherche une issue par son extériorisation place l’individu dans une position où il est potentiellement assujetti à un mouvement puissant dont il croit contrôler la direction par l’exercice d’un libre arbitre illusoire alors que ce mouvement est une forme de diffraction de ses énergies pré-personnelles au sens où il enclenche une action irrépressible qui décentre l’individu de lui-même parce qu’elle vise principalement à soulager l’impulsion qui grandit en lui plutôt que de générer dans la matière une énergie encore plus grande qui soit la manifestation d’une conscience capable d’utiliser les énergies de feu pour sortir des routines impulsives de son système nerveux. Cette capacité à générer une énergie qui ne soit pas une décharge visant à répondre à des craintes psychologiques liées notamment à la frustration ou aux nombreux malaises internes qu’elles génèrent, repose sur une contenance énergétique que l’individu apprend à développer en regardant son impatience, en en comprenant la nature et en l’exploitant intégralement pour faire circuler à l’intérieur de lui un feu qui est avant tout fait pour brûler toutes les limitations psychologiques internes susceptibles de le maintenir dans les mêmes schémas comportementaux qui font sa prison mentale. La gestion de son impatience est pour l’individu un levier puissant d’accumulation et de contenance de ses énergies pré-personnelles lui permettant de transmuer en lui les tensions psychologiques en assise identitaire à partir de laquelle il peut développer des perceptions de lui-même et du monde qui le soustraient des lois psychologiques limitatives de causes à effets configurées pour le rendre prisonnier, par les schémas comportementaux qu’elles activent, d’une vision très étriquée de lui-même. En dépassant psychiquement la barrière des malaises qui se présentent à lui du fait de l’émergence des formes d’impatience qu’il peut connaître dans sa vie, l’individu entrevoit qu’au delà de ce qu’il croyait indépassable et menaçant pour lui, existe un territoire inconnu de lui-même où il peut déployer une conscience libérée de ce tout ce qui tend, par des énergies mal comprises et mal contrôlées, à exercer une domination sur elle.
Sandrine Vieillard