Lorsqu’il vit sa déchirure, l’ego contacte une profonde souffrance psychique qui le met en relation avec différents niveaux de rupture traversés durant sa chute dans la matière de son plan d’incarnation. Cela peut aller d’une souffrance ressentie en lien avec la condition humaine prise dans sa dimension universelle à la souffrance rejouée à travers le vécu d’avoir été lui-même arraché à sa source universelle. Dans ce dernier cas de figure, l’égo peut, s’il est attentif à la marée des émotions qui se fracassent en lui, reconnaître un sentiment de honte d’avoir fait cette expérience désespérée de choir dans un monde matériel où il est brutalement coupé de sa nature originelle et où il fait l’expérience de nouvelles lois de gravité qui l’assujettissent à une condition qu’il vit comme une amputation absolue de sa nature originelle. Cette honte abyssale ressentie par l’expérience de sa propre déchéance est un traumatisme intégral que l’égo transporte en lui à travers une impression parfois très floue qui se dissimule derrière multiples tensions intimes générées par les formes événementielles de sa vie. Impression qui pourrait se résumer comme étant la honte de vivre. De cette honte de vivre découle toute la panoplie des sentiments intimes d’être indigne, illégitime, sans valeur, impropre, petit, imparfait… que l’égo ressent au-dedans de lui sans que jamais de tels sentiments ne puissent être exprimés dans une communication ouverte avec autrui car cette honte est extrêmement puissante dans sa faculté à museler l’individu dans l’expression de lui-même. Par ailleurs, le trauma de la déchéance a tellement fracassé l’ensemble des corps de l’égo qu’il s’est cristallisé dans la matière dense de son corps jusqu’à définir la structure de ses cellules. Le corps physique de l’égo vibre donc ‘naturellement’ au traumatisme de la chute originelle dont les différents aspects se rejouent dans des expériences de vie qui viennent activer en lui les multiples facettes de sa déchirure. C’est en étant capable de vivre intégralement cette déchirure sans la fuir, ni la réfléchir, tout en comprenant qu’il se rejoue en lui le fracas de sa chute dans la matière, que l’égo pourra concentrer en lui ses énergies pré-personnelles afin de transmuter la structure cellulaire de ses corps physiques. Ce faisant, l’individu sentira en lui une densité toute particulière correspondant à la vibration d’un corps d’énergie de plus en plus lumineux, c’est-à-dire de plus en plus transparent à l’égard de toutes les pollutions de l’ère involutive ayant alourdi et animalisé ses corps au point d’en faire un instrument mis au service des pires aberrations auxquelles a été confrontée l’humanité jusqu’à ce jour. Par cette traversée de sa déchirure, l’individu restaure progressivement l’intégralité de ses énergies pré-personnelles dont celles, à la fois individuelle et universelle, en lien avec le principe de l’amour.
Sandrine Vieillard